Le lac - Archéologie et histoire

Avertissement.

Ces différents articles ne sont pas des créations du CPALB mais ont tirés sans modifications de la revue Hors Série n°2 :"Le lac du Bourget, chronique d'un lac". Cette revue est une création du conseil général de la Savoie, conservation départementale du patrimoine. (Hotel du département - BP 1802 73018 Chambery cedex).

Petite chronologie

Chronologie

  • 35000 Le grand lac primitif.
  • 19000 Décrue glaciaire.
  • 12000 Lac actuel.
  • 3842 Premières occupations des rives du lac.
  • -1000 Occupation intensive des rives.
  • 813 Abandon des habitats lacustres.
  • 121 Soumission des Allobroges.
  • 27 Le territoire allobroge devient Cité de Vienne.
  • 100 Construction de l'Arc de Campanus, du temple et des thermes d'Aquae (Aix-les-Bains).
  • 260 Incursion des Alamans.
  • 425 Atelier de potiers de Portout (425-450).
  • 504 Epitaphe chrétienne de Valho à Jongieux.
  • 1030 Prieuré St-Maurice du Bourget-du-Lac.
  • 1150 L'Abbaye de Hautecombe est construite. Château de Châtillon.
  • 1248 Début de la construction du château dit de Thomas II. Château de Bourdeau.
  • 1289 1er compte conservé de la châtellenie comtale du Bourget.
  • 1556 la mention lac de Bourget et le mot du Chat sur la carte du Duché de Savoie.
  • 1581 Le Journal de voyage de Montaigne: «Le Mont du Chat ... au pied duquel se sied un grand lac. »
  • 1601 Traité de Lyon: le Haut-Rhône frontière entre la France et la Savoie.
  • 1730 Fondation de la faïencerie de La Forêt, Saint-Ours.
  • 1732 Grande inondation.
  • 1760 Traité de Turin: délimitation géométrique du cours du Rhône entre la France et la Savoie. • Chanaz redevient savoyarde.
  • 1775 Construction de l'établissement thermal d'Aix-les-Bains. Chanaz, formation de la Compagnie des Volontaires Matelots jusqu'à la Révolution.
  • 1787 Construction des premiers thermes royaux.
  • 1793 Le 28 janvier, la ville d'Aix prend le nom d'Aix-les-Bains.
  • 1798 Faïencerie de Hautecombe (1798-1804 ).
  • 1808 Pauline Bonaparte séjourne à Aix-les-Bains.
  • 1817 Lamartine écrit le poème Le Lac.
  • 1824 Début de.la restauration de l'abbaye de Hautecombe par le roi Charles-Félix.
  • 1837 Le 17 octobre, première liaison fluviale entre le Rhône et le Lac du Bourget avec L'Abeille.
  • 1838 Création du service de bateaux à vapeur par la Compagnie savoyarde de Navigation.
  • 1854 Voie ferrée, tronçon Aix-les-Bains / Saint-Jean-de-Maurienne et raccord avec le réseau français par le pont de Culoz.
  • 1856 Découverte des premières cités lacustres.
  • 1886 Premiers aménagements à des fins touristiques (jetée du Petit-Port).
  • 1887 L'Almée, premier bateau de croisière à vapeur.
  • 1933 Edification de la station d'études hydro biologiques avec un aquarium.
  • 1933 Création de la CNR.
  • 1934 Inauguration de la plage de sable fin aménagée. Début de la construction de la base aérienne (lieutenant-colonel Sarre).
  • 1936 Plantation de la peupleraie de Chautagne.
  • 1944 Le 11 novembre, la plus grande crue du lac.
  • 1980 Galerie de l'Epine, assainissement du lac.
  • 1982 Barrage de Savière.
  • 1983 Ecluse de Chanaz.
  • 1986 Loi Littoral.
  • 1991 Création du Conservatoire du Patrimoine naturel de la Savoie.
  • 1999 Lancement du projet Grand lac 1999-2015.

Les premières occupations humaines sur les rives du lac.

Les premières occupations humaines sur les rives du lac

Soumis aux changements du climat, le lac a vu, son niveau varier au cours des derniers millénaires. L'évolution du bassin lacustre et des conditions climatiques favorables ont donc permis le développement des installations littorales, les anciennes cités lacustres. C'est sur ces rivages peu profonds que l'on connaît, depuis le milieu du XIX' siècle, l'existence de vestiges archéologiques faiblement immergés.

Si les nombreux objets récupérés lors des pêches aux antiquités ont permis l'identification de populations riveraines -les paysans du Néolithique et les métallurgistes de l'âge du Bronze ~, les prospections subaquatiques récentes et de nombreuses analyses ont précisé nos connaissances sur ces occupations littorales. Pour le lac du Bourget pas moins de 9 gisements néolithiques et 19 emplacements de l'âge du Bronze sont maintenant recensés. La chronologie des principales phases d'occupation peut être résumée de la manière suivante:

V• millénaire av. J.-C. Bien que les études climatiques montrent durant cette période, des épisodes de bas niveau du lac qui pouvaient être favorables aux installations, aucun indice archéologique n'est connu en bord de lac.

IV• millénaire av. J.-C. Une première phase d'occupation, par des agriculteurs du Néolithique moyen, est observée en rive ouest du lac. Des pilotis et des restes de la vie quotidienne de cette période ont été découverts à Saint-Pierre-de-Curtille/Hautecombe. Les datations dendrochronologiques, 3842 av. J.-C. et vers 3835 av. J .-C., confirment cette implantation, la plus ancienne actuellement connue. A Conjux/Marais de la Chatière, un autre gisement a livré des mobiliers lithiques et céramiques. Une dizaine de pilotis sont datés par la dendrochronologie : abattages en 3568 av. J.-C. et 3521 av. J.-C.

2eme• moitié du IV• millénaire av. J.-C. Au Néolithique moyen/récent, une intensification de l'occupation littorale est observée. Sur la rive ouest, à La Chapelle-du-Mont-du-Chat/Le Communal du Lac, quelques pilotis sont datés par le 'radiocarbone d'environ 3500 ans avant J.-C. En rive est, dans la baie de Grésine, à l'emplacement des trouvailles faites à l'occasion de la construction du chemin de fer en 1856, des pilotis sont également datés de cette période. A Saint - Pierre-de-Curtille/Hautecombe, quelques pilotis appartiennent à une phase plus récente que celle évoquée ci-dessus; ils sont datés d'environ 3200 av. J.-C. et marqueraient le passage au IIIe millénaire.

1ere moitié du III• millénaire av. J.-C. À la transition Néolithique récent-final se confirment les installations littorales. Dans la baie de Conjux/Marais de la Chatière, des vestiges sont identifiés et datés d'environ 2800 av. J.-C. Des mobiliers céramiques et lithiques caractéristiques de cette phase ont aussi été découverts à Tresserve/Les Bourres où les pilotis sont datés d'environ 2700 av. J.-C. Une palissade de petits chênes est datée par le radiocarbone d'environ 2650 av. J.-C. à Brison-St-Innocent! Chez Tournu; elle borde le gisement de Mémars 1. Sur ce même emplacement, des niveaux sont préservés et des pieux sont datés par la dendrochronologie: phases d'abattage des bois entre 2595 av. J.-C. et 2529 av. J.-C.

Plus anciennes poteries du lac, début du IV' siècle av. J.-c., Hautecombe, Saint - Pierre-de-CurtiIle [dessin O. Simonin, CNRAS]

2eme moitié du Ille millénaire av. J.-C. Au Néolithique final, les traces d'occupations sont toujours attestées, cette fois-ci sur des gisements sensiblement moins dégradés. C'est le cas à Conjux/La Chatière où des mobiliers caractéristiques sont conservés et des pilotis sont datés de 2440 av. J.-C. par la dendrochronologie. Sur la rive orientale, à Brison-Saint-Innocent/Chez Tournu, des phases d'abattage des bois sont reconnues entre 2582 av. J.-C. et 2475 av. J.-C. pour des pilotis de la zone sud. Sur ce gisement, le mobilier céramique découvert montre des influences culturelles jurassiennes et helvétiques.

Fin du Ille millénaire av. J.-c. Les vestiges de la transition Néolithique final Campaniforme sont rares. Quelques objets anciennement récoltés hors contexte pourraient s'y rattacher. Récemment, les prospections réalisées à Brison-Saint-Innocent/Chez Tournu ont mis au jour une palissade perpendiculaire au rivage; elle est datée d'environ 2050 avant J.-C. et marquerait la fin des habitats palafittiques de la Préhistoire.

André Marguet

Bibliographie

• A. Marguet. Savoie, lac du Bourget. Elaboration de la carte archéologique des gisements du lac du Bourget, in Bilan scientifique 2000 du DRASSM, n026. DRASSM-Eaux intérieures. Travaux et recherches archéologiques de terrain, Rhône-Alpes. Paris, Ministère de la Culture et de la Communication, Direction de l'Architecture et du Patrimoine, sous-direction de l'Archéologie, 2002, p. 117-137.


Le lac du Bourget, une référence pour l'étude de l'âge du Bronze.

Le lac du Bourget, une référence pour l'étude de l'âge du Bronze

Carte de localisation des gisements sous-lacustres reconnus dans le lac du Bourget (en noir les sites néolithiques, en gris les sites de l'âge du Bronze, en blanc les autres périodes).

Le lac du Bourget est une référence incontournable pour l'âge du Bronze. Cette renommée a été établie dès le milieu du XIX siècle. Mais, après des récoltes aussi fructueuses que désordonnées, il faudra attendre 1950 et les développements de la plongée en scaphandre autonome pour que les premières observations directes soient réalisées. Ainsi, c'est sur les stations de Châtillon et de Grésine que le précurseur Raymond Laurent a mis au point certaines des méthodes encore utilisées aujourd'hui. Récemment, la connaissance de terrain des stations s'est affinée avec la prospection de la totalité des rives et un programme de sondages systématiques, actuellement en cours. De plus, le recours à la datation par la dendrochronologie permet de disposer de calages très précis dans le temps.

Vers 1350 avant J.-C.

Si des indices de fréquentation des rives ont été identifiés pour le tout début du Bronze final, ce n'est qu'à la fin du IIe millénaire que débutent vraiment les installations humaines, profitant de la baisse du niveau du lac. Elles se marquent tout d'abord par des aménagements dont les fonctions restent à déterminer comme, par exemple, l'alignement de groupes de pieux topographié dans la baie de Conjux et daté de 1084 av. J.-C. Dans le même secteur a été repéré un habitat dont le matériel céramique se rapporte à la phase moyenne du Bronze final. Des pieux associés ont fourni la date de 1054 av. J.-C. Durant le siècle qui suit, des dates éparses témoignent de la présence humaine, mais les éléments manquent encore pour la caractériser.

Plongeur en cours de fouille, Le Saut, Tresserve.

910 av. J.-C.

Le début de la phase principale d'occupation des rives du lac s'inscrit entièrement dans la phase récente du Bronze final, le « bel âge du Bronze» des anciens auteurs. Six grands villages couvrant de 8 à 12000 m2 sont alors occupés simultanément. Les récents sondages ont montré que, contrairement à ce qui était admis, l'état de conservation est très bon pour la plupart d'entre eux. Un abondant matériel céramique a été recueilli, non pas en désordre et seulement en surface comme au siècle dernier, mais dans des séquences stratifiées, épaisses de 30 à 60 cm, en association avec des bois couchés permettant des datations. D'autre part, la nature des sédiments a permis la conservation d'objets en matières périssables, inconnus sur les sites terrestres: cordages, sparterie, vannerie et pour le bois, coupe, tête de maillet, poinçons, manches d'outils ainsi que le montant latéral d'un brancard long de 2,85 m.

813 av. J.-C.

C'est la date la plus récente identifiée à ce jour. Les causes de l'abandon des rivages ne sont pas encore clairement déterminées. Il est probable que se conjuguent, en relation avec une dégradation du climat, la remontée du niveau du lac et les faibles rendement d'un terroir sureXploité. Les bouleversements sociaux dus à la mise en place des économies de l'âge du Fer sont également à prendre en compte. Les occupations du Bronze final du lac du Bourget s'inscrivent dans un phénomène englobant l'ensemble des Alpes du Nord mais elles possèdent leur originalité avec, en particulier, une plus longue occupation des rives. Surtout leurs vestiges sont remarquables par leur état de conservation et les potentialités qu'ils offrent pour la compréhension des occupations humaines et de leurs liens avec le cadre naturel. Mais ce patrimoine archéologique est extrê-mement fragile et vulnérable aux amé-nagements d'infastructures littorales. Une notion de développement durable doit lui être appliquée afin que puissent être transmis ces exceptionnels témoins d'une période de dépendance étroite des hommes avec le lac.

Yves Billaud

Le lac à l'époque gallo-romaine.

Le lac à l'époque gallo-romaine

Décor urbain: statue de muse ou d'impératrice, Musée lapidaire, Aix-les-Bains.

Bibliographie
• H. Barthélémy, C. Mermet, B. Rémy,
La Savoie gallo-romaine, Mémoires et documents de la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie, t. XCIX, 1997.
• J. et C. Pernon, Les potiers de Portout, productions, activités et cadre de vie d'un atelier au V' siècle après j.-c. en Savoie, Revue Archéologique de Narbonnaise, suppl. n° 20, 1990.
• J. Pernon et J. R. Dassé, cédérom, Riverains et artisans du lac du Bourget: les potiers gallo-romains de Portout, Coop de la Savoie, 2001.

Vie rurale : Faisselle, Portout, Conjux.

Les gallo-romains sont des celtes indigènes qui ont adopté la culture à la romaine à la fin du 1er siècle avant J.-C. Leurs anciens usages ont laissé quelques témoins archéologiques (à Aix-les-Bains, fonds de cabanes et premier état du temple), religieux (culte de Borvo, des Comedovae, des Matrae), onomastiques (Valerius Camulatus, fils de Senorix).

27 avant J.-C.

L'ancien territoire des Allobroges devient cité de Vienne; sous le règne de Claude (41-54 av. J.-C.), la citoyenneté romaine est octroyée à tous les hommes libres.

Religion campagnarde: stèle de Silvain, génie protecteur des forêts, des arbres fruitiers et de la vigne, Jongieux.

Début du II" siècle après. J.-C.

La cité reçoit le droit italique qui la dispense de payer l'impôt foncier. Ces conditions favorisent l'essor des possessoires (propriétaires fonciers) locaux. Leur fidélité au régime s'affirme de diverses manières: culte de l'empereur (St Innocent, Hautecombe), charges de flamines et de sévirs, romanisation des noms propres ... Des vestiges « romains» se retrouvent sur les grands axes de circulation et dans tous les points accessibles des rives du lac: Brison, Chindrieux, Le Bourget, Bourdeau, Hautecombe, Conjux. L'acculturation fonctionne: Mercure est partout vénéré; le culte de Cybèle est attesté à Conjux, celui d'Isis à Aix-les-Bains.

Musée lapidaire d'Aix-les -Bains. Artisanat: productions de l'atelier de Portout, Chanaz.

L'activité économique se perçoit à travers le marché hebdomadaire et la foire à bestiaux d'Aix-les-Bains, la culture de la vigne, les pêcheries du tour du lac, les officines de potiers, les carrières. On importe des amphores, de la verrerie, des œuvres d'art (statues en marbre de Paros). Les fonctions administrative et religieuse du vicus d'Aix favorisent les échanges de populations et de biens (la famille des Titii qui porte des prénoms grecs a peut-être des liens dans le Midi).

Cette brillante expansion est stoppée par la crise du III' siècle.

III ème siècle.

235-268. Période d'anarchie.
260. Grande invasion des Alamans.
273 et 313. «trésors» enfouis de Chindrieux et du Mont du Chat.

IV ème siècle.

Au Bas-Empire, les seuls témoins d'activité sont les ateliers de potiers de Conjux, vers 350, et de Portout dans les années 400. Celui-ci fournit de précieux renseignements sur la vie rurale.

Milieu du V ème siècle. Le christianisme s'installe: épitaphes de Grésy-sur-Aix en 486 et de Jongieux en 504.

Jacques Pernon

Aix-les-Bains, Le Vicus Aquae, à la source du thermalisme.

Aix-les-Bains, Le Vicus Aquae, à la source du thermalisme

Premiers siècles de notre ère.

Le Vicus Aquae semble avoir une certaine importance. Dans l'Antiquité, un vicus désigne à la fois un bourg et son territoire, administré par une assemblée d'élus qui reste sous le contrôle de la capitale provinciale.

1 siècle apr. J.-C.

L'agglomération apparaît avec la construction d'édifices publics: un arc, des thermes et un temple en témoignent encore.

L'arc de Campanus, le plus célèbre monument antique d'Aix est interprété comme arc funéraire, en raison de la dédicace du monument par Lucius Pompeius Campanus aux membres de sa famille, mais sa situation au cœur même de la ville pourrait tout aussi bien indiquer un édifice commémoratif. Son originalité repose dans l'architrave divisée en huit cartouches burinés de textes épigraphiques auxquels correspondent huit niches taillées dans la frise qui devait contenir les portraits en haut-relief des personnages décrits.

Le Temple de Diane, fronton arrière.

Un bâtiment thermal gallo-romain conservé dans l'enceinte des Thermes Nationaux (vestiges classés en 1924) devait appartenir à un complexe beaucoup plus vaste.

En 1991, le site a fait l'objet d'une relecture architecturale et archéologique permettant de déterminer quatre phases de construction.

Un Temple, appelé temple de Diane en raison d'une hypothèse ancienne englobé dans l'ancien château d'Aix aujourd’hui hôtel de ville, est l'un des exemplaires les mieux conservés en France. De type «in-antis», il présente trois façades en élévation noyées dans les structures de l'hôtel de ville. Le fronton arrière de l'édifice, en forme de triangle surbaissé dans un rapport de 1/6, est conservé sur la face ouest. Ouvert au Soleil levant et à l'ensemble thermal, le temple dispose d'un vestibule ou pronaos qui est actuellement oblitéré par la façade de l'office du tourisme. Cette ouverture matérialisée par les avancées des murs latéraux devait comporter un fronton soutenu par deux colonnes auxquelles peut être rattaché un chapiteau d'ordre toscan provincial, découvert dans les fouilles du parking de l'hôtel de ville en 1988-1989. Les murs sont couronnés d'un entablement de type toscan en trois parties, l'architrave à trois fasces, une frise nue et une corniche à filets et doucines. La construction, entièrement composée d'assises de pierres de taille en calcaire blanc, repose sur un podium de 3,29 m. de haut. L'ensemble permet d'esquisser une restitution hypothétique de l'édifice. Dans le temple sont présentées les collections archéologiques résultant des travaux d'aménagements urbains. Les inscriptions sont les éléments les plus intéressants et nous renseignent sur le nom, le statut et les habitants de l'agglomération à l'époque gallo-romaine. Les dénominations de meus et de vicanis (habitants d'un bourg), apparaissent dans deux textes. Les habitants sont désignés aquenses en référence au bourg aquae dont le toponyme, inspiré par la présence des eaux thermales, se retrouve par quatre fois associé à des possessores, principaux propriétaires chargés de son administration dont les dix délégués, les decemlecti, formaient le conseil municipal.

Le Temple de Diane, reconstitution Alain Canal.

Plusieurs inscriptions font état de dévotions à Jupiter, Mercure, Comedovae. Bormo, dieu des sources d'origine celtique, est évoqué sur deux textes découverts dans les thermes.

Enfin, une stèle nous informe d'un don fait par les decemlecti d'un bois et de son vignoble aux habitants, afin de célébrer des jeux pour le salut d'Auguste. Le complexe d'Aquae était entièrement tourné vers le culte et l'exaltation des eaux thermales.

La prospérité de la bourgade, voire son organisation urbaine, sont certainement dues à cette spécificité thermale. Les activités proprement commerciales sont en partie révélées par une ordonnance municipale où il est évoqué l'interdiction d'introduire des véhicules dans le parc à bestiaux, sauf les jours de marché ou pour aller visiter le bois sacré.

La superficie maximale couverte par l'implantation antique, y compris les nécropoles, devait s'élever à une vingtaine d'hectares. Les limites semblent se cantonner: vers l'est, aux pentes situées au-dessus des thermes nationaux, vers le sud à l'ensemble du parc de verdure et vers l'ouest à une partie du parc du Casino. Une nécropole, située à l'angle de la rue Claude de Seyssel et de la rue Vaugelas peut représenter l'éventuelle frange septentrionale de l'agglomération.

La connaissance du patrimoine archéologique du vicus gallo-romain d'Aquae participe aussi à la bonne gestion d'une croissance urbaine avisée.

Alain Canal

Les monuments du Moyen Age.

Les monuments du Moyen Age

LE CHÂTEAU DE THOMAS Il LE BOURGET DU LAC

Le château de Thomas Il, Le Bourget-du-Lac.

1248. Thomas II, frère du comte Amédée IV de Savoie obtient du prieur du Bourget le droit de construire une maison et un vivier et posséder tout autour 70 pieds de terre (...) entre la Leysse, le lac et la forêt. En échange, Thomas ou quiconque qui occupera la dite maison et ses dépendances devra verser 12 deniers de cens chaque année à la saint Martin, maintenir, conserver et garantir les droits et les bonnes coutumes de l'Eglise et si la nécessité l'exigeait, que le prieur ou les hommes du prieuré puisse se réfugier dans cette maison. Thomas accorde également que de la pêche de ses viviers (...) soit perçu par an (...) une dîme pour le compte du prieuré et que durant le mois d'août on ne vende pas de vin.

Son fils, le comte de Savoie Amédée V choisit Le Bourget comme résidence principale: la maison de son père devient un vaste palais, où la cour comtale aime séjourner. Peintres, verriers et sculpteurs de renom sont chargés de l'embellir. Les pièces principales disposent de cheminées monumentales et de latrines à chaque étage. Il existe aussi une chapelle, placée sous le vocable de saint Christophe, un jardin d'agrément orné d'une fontaine, un potager et un verger. Le château n'a pas de vocation militaire mais fossés et courtines font l'objet d'un entretien fréquent.

Au XV' siècle, le château comtal est confié à un fermier. Les comtes lui préfèrent celui de Ripaille, au bord du lac Léman.

XVII"-XXe siècles. Vendu aux barons du Bourget, la Révolution française le transforme en ruine romantique qu'illustreront de nombreux artistes.

Classé Monument historique en 1983, il est racheté par la commune en 1979. Depuis, fouilles archéologiques, études, projet de restauration et de valorisation sont engagés pour le protéger et le présenter au public.

LE PRIEURÉ DU BOURGET-DU-LAC

«Vue du prieuré de Bourget en Chambéry »
P. Etienne Martelange, 1618 BNF, fonds G. d'Orléans.

XIe-XIIe siècles. Autour du prieuré clunisien dédié à saint Maurice, le bourg est un passage important, avec un port et un péage, partagés selon les époques entre le prieur et le comte. Le prieuré dépend directement de l'abbé de Cluny; son statut prestigieux lui permet d'étendre son domaine et son droit de juridiction sur plusieurs villages.

1250-1260. L'église du prieuré, également église paroissiale, est ornée d'un jubé, haut-relief polychrome figurant plusieurs scènes de la vie du Christ qui sépare le chœur, réservé aux moines, de la nef pour les fidèles. Sous le chœur, la crypte dédiée à Notre~Dame-la-Basse conserve deux inscriptions latines à Mercure. Est-elle bâtie sur un ancien temple?

1582. Le prieuré est donné aux Jésuites de Chambéry, puis en 1773 aux Cordeliers avant d'être vendu comme Bien national à la Révolution et transformé en ferme. Racheté par un amateur d'art chambérien, servant d'appartement à la duchesse de Choiseul, il est ensuite acquis par la commune et classé en partie Monument historique en 1910. Le prieuré formé de trois ailes délimitant un cloître, date dans son ensemble du XV' siècle, œuvre des prieurs de Luyrieux.

LE CHÂTEAU DE CHÂTILLON

Le château de Châtillon.

Xe-XIII" siècles. Châtillon, principal château de la seigneurie de Chautagne, appartient successivement aux Montluel, aux Seyssel d' Aix, aux Rambert puis aux barons d'Angle jan-Châtillon qui le possèdent encore. Construit en pierre calcaire et en tuf, il couronne un rocher qui domine le lac. Au XIII' siècle, est construite l'enceinte qui englobe le haut promontoire.

L'habitation comtale a été souvent remaniée; elle est flanquée d'une tour dont le gros œuvre semble ancien. À droite de la première entrée s'élève une tour octogonale en tuf dont l'intérieur est circulaire, et le rez-de-chaussée voûté en coupole. Cette tour pourrait dater du XIII' siècle.

1537. Le château est agrandi et restauré par Louis de Seyssel ; il sera reconstruit aux XVIII' et XIX' siècles. Le château de Châtillon est inscrit à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1991.

LE CHÂTEAU DE BOURDEAU

Le château de Bourdeau restauré dans le style troubadour au XIX' siècle.

1263. Humbert de Seyssel est seigneur d'Aix et de Bourdeau.

1316. Bourdeau est érigé en seigneurie par Amédée V au profit d'Humbert III de Seyssel. Par alliance, le château passe en 1570 aux Livron, puis aux jésuites de Chambéry (1671) qui le cèdent en 1688 à Claude Antoine Sallier de la Tour de Cordon, premier président de la Chambre des comptes.

1800. Jean-Baptiste Viviand de Chambéry l'achète comme Bien national. Il vend les pierres à l'entreprise chargée de construire la nouvelle église paroissiale. Antoine Métral, avocat chambérien, le rachète et entreprend quelques réparations sommaires en 1810 pour éviter une plus grande ruine.

1875. Les restaurations de style troubadour sont l'œuvre de Joseph Giraud et de l'architecte Pellegrini, qui remonte créneaux, mâchicoulis et tourelles et agrémente le château d'un jardin anglais.

Il reprend les bases du château médiéval de forme rectangulaire. Il est vendu en 1880 à la famille Gigot de Villefaigne qui le possède encore.

1880. Jusqu'à la fin du XIX' siècle, on accède à la rive du lac par des sentiers tracés par les pêcheurs qui descendent vers de petites criques bordées de prés où sèchent leurs filets. Alexis Gigot de Villefaigne fait don d'une petite anse et d'un chemin d'accès au pied de sa propriété pour construire le port. La digue sud a été construite en 1941.

L'ABBAYE DE HAUTECOMBE

Vue du lac et de l'abbaye de Hautecombe, E. Ginain, 1858, huile sur toile, Musée de Chambéry.

À l'origine établie dans la haute-combe de Cessens, l'abbaye conserve le nom de Hautecombe lors de son transfert sur la rive ouest du lac du Bourget au milieu du XII' siècle, suite à son affiliation à l'ordre cistercien.

1153. Les barons du comte Humbert III, élevé à l'abbaye par l'abbé Amédée d'Hauterive, viennent à Hautecombe le sommer de se marier afin de donner un héritier à la couronne. Il sera le premier membre de la famille de Savoie à être enterré dans le cloître du monastère en 1189.

XIIIe siècle. La grange batelière, appelée dans tous les documents anciens la voûte est construite. Sa partie basse sert de débarcadère et de garage pour les bateaux; l'étage est un vaste grenier. En 1649, dom Charles Brunel, prieur de l'abbaye, rapporte que les barques à sel (1) qui traversent le lac pour approvisionner la Savoie abordent à la grange batelière pour en tirer du rafraîchissement.

1244. Le pape Innocent IV, devant se rendre à Lyon, passe au Bourget puis est reçu à Hautecombe par l'abbé Burchard avec les 12 cardinaux qui l'accompagnent. Il reste six jours et arrive à Lyon en deux jours.

1271. Lors du retour en France du corps de saint Louis, l'abbé offre au roi de France et à ses barons des poissons du lac pour un montant de 21 livres. 1688. Pour la rédaction de l'acte d'état des bâtiments de l'abbaye, les hommes se rendent de Chambéry jusqu'à Grésine à cheval. De là, ils partent en bateau avec leurs chevaux pour Hautecombe. 1752. L'abbaye, après avoir été dirigée pendant presque 200 ans par un abbé commendataire, est rattachée par ordre du roi Charles-Emmanuel III au Chapitre de la Sainte-Chapelle de Chambéry. 1793. La Révolution vide l'abbaye de ses moines et une faïencerie est installée dans l'église jusque en 1807.

1824. Le roi Charles-Félix et la reine Marie-Christine rachètent les ruines de l'abbaye et confient la restauration dans le style troubadour à l'architecte piémontais Ernest Melano.

1827. Premières visites régulières de touristes à Hautecombe.

1831. Construction de la tour-phare. 1955. Installation du débarcadère près de la grange batelière. Le port se situait auparavant au sud du monastère. 1992. La Communauté du Chemin Neuf succède aux moines cisterciens puis bénédictins à l'abbaye.

Sandrine Philifert

1. Des entrepôts pour le stockage du sel en provenance de l'étang de Berre ou de Martigues, acheminé par bateau pour fournir la Savoie et le Léman, existaient au port de Seyssel


Thermalisme, villégiature et tourisme au XIXe siècle.

Thermalisme, villégiature et tourisme au XIXe siècle

Le parc du Casino vers 1860.

Site romantique par excellence, par son double caractère sauvage et civilisé, le Lac du Bourget attire dès le Premier Empire d'augustes visiteurs venus «prendre les eaux » d'Aix-les-Bains. Celle-ci n'est encore qu'une bourgade viticole, dont l'activité thermale se développe timidement, depuis la construction des premiers thermes en 1787. Les Napoléonides qui y séjournent alors, Laetitia et Pauline Bonaparte, la reine Hortense et son jeune fils Louis-Napoléon, les impératrices Joséphine puis Marie-Louise, demeurent des personnalités isolées.

Si Lamartine immortalise le premier le cadre du lac, d'autres gloires littéraires, Georges Sand à Bourdeau, Alexandre Dumas ou Honoré de Balzac à Aix, chantent aussi ses beautés sans s'y attarder.

C'est le site des sources thermales, au pied du Revard, qui devient peu à peu le site de villégiature privilégié de cette «gentry», et l'activité thermale tourne quasiment le dos au lac dans cette première moitié du siècle.

Les thermes albertins. Archives municipales d'Aix-les-Bains.

Bien sûr, la restauration sarde, la venue sur les rives du lac des rois Charles Félix (1821-1831), qui relève de ses ruines l'abbaye d'Hautecombe de 1824 à 1826, puis Charles-Albert (1831-1849) qui agrandit les thermes, en même temps que se mettent en place de vraies infrastructures portuaires et ferroviaires, sont bénéfiques pour la fréquentation du site, qui demeure cependant très confidentielle.

1850. A partir de cette date, Aix-les-Bains va connaître un extraordinaire essor thermal, qui fait d'elle une des premières stations européennes: nouveaux aménagements des thermes, construction du Casino Grand-Cercle, qui succède au «cercle des étrangers» installé au Château d'Aix en 1824, et va connaître jusqu'à l'aube du XXe siècle des extensions grandioses. L'urbanisme aixois est en plein essor ...

185l. Construction du Grand Hôtel 1882. Premier club nautique d'Aix. 188lJ. Construction du Splendid. 1885. Construction de la Villa des Fleurs. « La prise des eaux» estivale est dans la saison mondaine passage obligé: on suit la cure thermale bien sûr, mais l'on vient surtout à Aix et sur les rives du lac pour se distraire, participer aux diverses activités proposées: les jeux des casinos bien sur, les spectacles, les fêtes nautiques aussi dès la fin du siècle.

Costumes traditionnels des bords du lac du Bourget vers 1850. Archives municipales d'Aix-les-Bains.

On connaît les plus célèbres de ces visiteurs, la reine Victoria en tête. C'est un parterre de têtes couronnées, mais souvent d'aristocrates, de capitaines d'industrie, avec une forte cohorte britannique.

Les rives du lac, très marécageuses côté Aix, sont peu à peu aménagées pour l'agrément de cette clientèle et l'accueil des premiers bateaux à vapeur. Quelques activités nautiques se développent: aviron, voile-promenade, baignade à partir de 1882 (premier club nautique d'Aix). Néanmoins, la population locale, sauf celle qui vit spécifiquement du lac (pêche, batellerie) continue de tourner le dos au lac, et en conserve une mauvaise image.

Ce paradoxe va d'ailleurs perdurer une bonne partie du XXe siècle, et l'aménagement touristique en pâtira beaucoup.

André Liatard

Voies d'eau, voies de terre, chemin de fer au XIXe siècle.

Voies d'eau, voies de terre, chemin de fer au XIXe siècle

Port Puer, 12 vues des environs d'Aix-Les-Bains, 1817, gravure de Prosper Dunant, coll. particulière.

Jusqu'au XIXe siècle, le réseau de voies de communications terrestres est très sommaire avec mauvais chemins et sentiers escaladant les pentes, passant les cols qui franchissent les montagnes du tour du lac.

Albanis de Beaumont pouvait dire « vis à vis d'Hautecombe et de l'autre côté du lac, il y a un petit village très curieux par sa position, il est situé dans une espèce de nichée formée par deux masses énormes de rochers qui paraissent avoir glissé du sommet de la montagne de Saint Innocent: l'on ne peut arriver à ce village que par eau, le sentier qui traverse la montagne étant très dangereux et escarpé ». En effet, que ce soit pour aller vers Albens et Rumilly par la Chambotte ou de Yenne à Chambéry par le col du Chat les passages étaient escarpés.

Le débarcadère de Hautecombe.

La circulation par voie d'eau était encore ce qu'il y avait de plus pratique pour les populations riveraines. Le lac était largement utilisé tandis que le canal de Savière reliait la Savoie à la France en offrant une ouverture et un poste de douane pour d'autres voyageurs ou marchandises. Deux grands ports existaient sur le lac: Grésine par lequel transitaient le bois et le vin mais qui était surtout un port de pêche autour duquel se concentrait l'activité de tout le village. Port Puer à Aix-les-Bains était le deuxième.

Le tunnel de Brison.

1793. Un vaste entrepôt fut créé à port Puer, Aix-les-Bains, où étaient stockés les bois de marine, de construction, d'armes à feu, le sel destinés à la France et à la Suisse.

1810-1850. D'importants travaux en firent le deuxième port du lac.

1837. L'Abeille est le premier bateau à vapeur à relier Aix-les-Bains à Lyon. Diverses compagnies lyonnaises ou sardes entrèrent en concurrence pour transporter marchandises et passagers. 1838. La Compagnie Savoyarde de Navigation créa un service de bateaux à vapeur reliant Lyon, Aix-les-Bains et Chambéry par le Rhône et le canal de Savière.

1845. Les voyages deviennent réguliers sur les bateaux Le Triton, Le Dauphin et Le Bourget. Ils assurent également la visite d'Hautecombe.

1855. Il ne fallait plus que onze heures pour venir de Lyon à Aix-les-Bains avec L'Hirondelle. Mais à partir de 1858, la navigation à vapeur va progressivement disparaître.

Le Hautecombe.

En 1867 circule le bateau Les Parisiens d'E. Darbon et en 1884 La Ville d'Aix. 1889. E. Darbon devient concessionnaire exclusif du port de l'abbaye, avec Le Touriste, Hautecombe et La Savoie, jusqu'en 1904.

C'est au XIXe siècle que les voies de communications terrestres vont connaître leur essor. Les moyens de transport et les routes s'améliorent.

1825. Création de la route du Col du Chat.

1841. Il était possible d'arriver à Aix-les-Bains de très bonne heure en étant parti le soir de Lyon en voiture bien suspendue.

1856. La voie ferrée relie Aix-les-Bains à Saint-Jean-de-Maurienne, puis à l'Italie en 1858. Le raccord avec le réseau français se fait par Culoz et le pont métallique sur le Rhône, qui permet à la « Malle des Indes» de joindre Londres à Brindisi par le train.

Avec la voie ferrée, achevée après l'Annexion de la Savoie à la France, la navigation sur le lac s'oriente définitivement vers le tourisme et la plaisance.

Françoise Ballet

Architecture et aménagements balnéaires au XXe siècle.

Architecture et aménagements balnéaires au XXe siècle

Affiche publicitaire du début du XX' siècle.

Les réalisations touristiques du XXe siècle autour du lac ont été, sans conteste, marquées par le thermalisme aixois. Indirectement d'abord, en attirant dans la ville et ses environs une clientèle avide de distractions, mais aussi directement en retrouvant les pratiques ludiques des bains antiques, ou en valorisant son riche patrimoine. Ce n'est qu'au milieu du XXe siècle que le lac semble avoir gagné son autonomie touristique, et justifier par lui-même des aménagements.

Le solarium Saïdman.

Dès le milieu du XIXe siècle furent explorés les bienfaits balnéothérapeu¬tiques d'autres fluides naturels que les eaux thermales, comme les «eaux froides » maritimes et fluviales, puis l'oxygène et l'électromagnétisme. Restait au XXe siècle à exploiter les eaux lacustres et les rayons lumineux.

1910. Projet Humbert d'un quartier balnéaire situé entre le grand et le petit port d'Aix-les-Bains, le vaste projet d'aménagement et d'investissement immobilier comprenait, à l'instar d'un ensemble thermal, un casino, un parc, de l'hôtellerie et des villas particulières autour d'un établissement de bains froids. Le projet osait, pour la première fois dans la région, utiliser médicalement le lac, nonobstant les recommandations négatives des siècles précédents.

La grande plage d'Aix-les-Bains.
Les thermes Chevalley.

1930. Le solarium Saïdman L'établissement imaginé par le Dr. Jean Saïdman, fondateur de l'Institut d'actinologie, servit à l'expérimentation du bain de soleil. Le prototype, situé à la Roche du Roi (arch. André Farde, ing. Flaix), possédait une plateforme d'insolation tournante, de 100 T, pourvue de cabines à l'ensoleillement mécaniquement régulé. Sa qualification de «machine à soigner» n'est pas sans rappeler le mouvement fonctionnaliste de l'architecture Moderne (ClAM, 1928), et plus particulièrement l'expression « machine à habiter» de Le Corbusier (1921).

1933. Inauguration de la Grande Plage d'Aix.

Bien qu'encore inscrite .dans un programme d'urbanisation centré sur les thermes, la grande plage d'Aix (arch. Roger Pétriaux) inaugurait une vision de la santé, plus jeune et plus sportive, mais aussi plus hédonique, héritée des pratiques aristocratiques compromises, au siècle précédent, sur les côtes méditerranéennes. Les eaux dormantes du lac faisaient d'autant moins peur que les marais du rivage aixois avaient commencé à être remblayés dans les années 20, et que la grande plage substituait du sable blanc importé à la vase lacustre.

Les thermes de Marlioz.
La piscine des thermes.

1932-34. Extension sud des thermes Aboutissement de demandes exprimées depuis 1904, et de projets des années 20 l'extension sud des thermes (arch. Roger Pétriaux) afficha sa modernité par un style Arts déco résolument contemporain, et par des annexes comme le solarium, en toiture-terrasse, et une piscine olympique.

1952-55. Plage du Bourget-du-Lac Cette plage (arch. Laurent Pierron) a marqué une étape nouvelle dans l'aménagement touristique du lac, en inaugurant un projet global entièrement tourné vers le lac: plage, port de plaisance, terrains de sports, camping ...

1966-1971. Extension supérieure des thermes

Les extensions des thermes. Celle de Mabileau au-dessus de celle de Pétriaux.

Sous la demande catalysée, dès 1946, par la prise en charge des cures thermales, l'extension de Pétri aux dut encore s'agrandir, notamment d'une tour de style International (arch. Claude Mabileau) avec un solarium belvédère et une vaste salle de représentation.

1970-1971. Centre nautique d'Aix Séparation symbolique: la piscine olympique quitta les thermes pour le bord du lac. Tout en cherchant à répondre à une croissance de fréquentation, les nouveaux bassins venus équiper la grande plage (arch. René Gagès & Georges Noiray) rompaient avec la connotation thermale, et confirmèrent la valeur ludique du lac.

1982-1984. Modernisation des thermes de Marlioz.

Après la rénovation des thermes de 1861 - dans un style historiciste plutôt post moderne jouant d'un contraste de matériaux - fut inauguré un complexe hôtelier associé à un centre de thalassothérapie. Ce concept récent, intégrant hébergement et soins, testé près du greffon, sera reconduit en 1994 au bord du lac (complexe Adelphia).

1998-2000. Thermes Chevalley Manifeste du tourisme de santé, les nouveaux thermes (arch. Stanislas Fischer), situés en amont des anciens, ont associé aux soins médicalisés une offre plus ludique (remise en forme, relaxation...) signalant l'alliance des genres par une architecture combinant, dans les lignes et les matériaux, austérités et fantaisie.

Le centre nautique d'Aix-les-Bains.

Le maintien du patrimoine emblématique d'Aix-les-Bains que constituent les thermes à présent «anciens» en plein centre ville, représente un enjeu majeur auquel devra s'attaquer le projet de reconversion, au moins partielle, de ce bâtiment en espace de loisirs thermaux et balnéo-ludiques.

2000 ... Projet du site des Mottets A la fin du XX' siècle, la notion de santé liée à l'activité balnéaire s'est enrichie de la conscience écologique sur les conséquences réciproques entre l'homme et son milieu. Le projet de réaménagement de la base de loisirs balnéaire des Mottets, au sud-est du lac, témoigne de la maturité touristique du lac exigeant le respect de son site, voire la mise en valeur paysagère et écologique de ce qui fut considéré comme repoussant au début du siècle: le marais.

En 1998, le rapport Cohen conclut qu'à l'avenir ce serait au tourisme de développer le thermalisme, et non plus l'inverse.

Jean-Pierre Petit

Chronique littéraire

Chronique littéraire

Fontaine intermittente, Abbaye de Hautecombe. Fonds Duvernay, archives municipales d'Aix-les-Bains.

Lamartine écrivant le poème Le lac sous les châtaigniers de Tresserve. Fonds Duvernay, archives municipales d'Aix-les-Bains.

RENAISSANCE: LES HUMANISTES EN VILLÉGIATURE

1560. Proche du mouvement de la Pléiade, Marc-Claude de Buttet (1530-1586) publie à Paris les 128 sonnets de son Amalthée puis, à Lyon en 1575, une édition plus complète. Quittant la cour de France en 1559, il rentre en Savoie et s'installe dans ses terres de Tresserve: «Ores me tient mon beau champ de Treiserve / Sur un coutaut non lointain où ma Leisse / Va voir son lac que le fier Rosne atteint / Je philosophe en ce lac argentin ».

1572. Jacques Peletier du Mans décrit le lac du Bourget dans son poème humaniste De la Savoye.

1581. Dressé en contrebas du Mont du Chat, à pic au-dessus de l'eau, le château de Bourdeau est alors une bâtisse à caractère défensif. Dans son Journal du Voyage en Italie, Montaigne fait halte à la manufacture d'armes «où se font des épées de grand bruit».

1593-1595. Nommé abbé d'Hautecombe en 1560, Alphonse Delbène (1538-1608), rédige en latin sa Description de la Savoie. Prélat humaniste, ami de Ronsard et familier de Marguerite de France, épouse du duc de Savoie Emmanuel Philibert, il porte sur le lac le regard attentif d'un savant naturaliste et d'un érudit féru d'antiquité latine. Bon vivant et fin gourmet, il cite le lavaret et le brochet, décrit les techniques de pêche et souligne l'intense navigation qui anime le lac.

QUELQUES IMAGES DU GRAND SIÈCLE

1623. Par son ouvrage, Les vertus merveilleuses des bains d'Ayx-en-Savoye, le bon docteur Cabias assure la promotion des eaux de soufre et d'alun dont les bienfaits devaient être sensibles sous toutes les formes: bains, douches, étuves ou absorptions.

1672-1675. Hortense Mancini, nièce du feu cardinal Mazarin, se réfugie à Chambéry après des mésaventures conjugales et entraîne sa petite cour au bal, au théâtre et à la chasse; l'été, elle scandalise les Savoyards en se faisant porter dans le lac par son More «tantôt sur le dos tantôt sur le ventre ».

DESPOTISME ÉCLAIRÉ ET MUTATIONS ARCHITECTURALES

1775. Fâché de la rusticité des lieux, le roi Victor-Amédée III fait construire à Aix un établissement thermal avec colonnes et fronton aux armes royales. Les abords du lac sont ignorés.

1783-1784. Avide de soins thérapeutiques, de festivités et de divertissements, la cour de Turin et quelques étrangers lancent la station aixoise et se montrent curieux du lac; selon le docteur Despine «les eaux les plus utiles sont celles qui offrent le plus de plaisir ». En 1787, il met au point sa douche «à panier écossais ».

Ier EMPIRE: LA DÉCOUVERTE TOURISTIQUE DU LAC

1808-1815. La famille impériale multiplie les séjours à «Aix-en-Savoie» et lance la mode des baignades et des promenades d'agrément en barque sur le lac.

1808. Pauline Borghèse et ses familiers investissent la demeure bourgeoise d'un physiocrate des Lumières, Jean-Amédée Chevalley (1769-1831). Située sur les hauteurs d'Aix, la villa offre une vue qui s'étend jusqu'au lac; par une avenue bordée de peupliers, on se rend au port de Puer pour s'y baigner.

1809. Parmi les gens de lettres, Madame de Staël, sa fille, Albertine et Benjamin Constant quittent brièvement leur exil de Coppet pour retrouver à Aix, Mme Récamier et son amie Mme de Boigne qui les reçoit au château de Buisson-Rond.

Raphaël, roman de Lamartine, 1849, illustration de Jouannot.

1810. Durant l'été et l'automne, l'impératrice Joséphine, récemment répudiée, prolonge sa cure en exil à Aix avec les dames de son entourage, Mmes d'Audenarde et de Rémusat. Son chambellan, Lancelot Turpin de Crissé, réalise 33 dessins à la mine de plomb relevés de sépia, parmi lesquels le paysage du lac du Bourget avec la Dent du Chat et des scènes familières à la «fontaine intermittente» ou à la «terrasse de l'ancienne Abbaye d'haute-Combe ». Un jour, une tempête sur le lac met tout le monde en péril et l'embarcation décorée «de petits rideaux et d'un dais assez haut» faillit chavirer. Informé par Joséphine, Napoléon ironise: «J'ai vu avec peine les dangers que tu as courus. Pour une habitante du delà de l'océan, mourir dans un lac, c’eût été fatalité ! ... ». Hortense de Beauharnais, reine de Hollande, rejoint sa mère et retrouve Charles de Flahaut, père de son 4e fils, le futur duc de Morny, probablement né en Savoie en septembre 1811.

1812. A l'initiative de la princesse Pauline Borghèse, une vingtaine de personnes s'embarquent pour réciter Pétrarque au fil de l'eau. Mais la traverse, le roulis et les vagues ont raison de l'acteur Talma qui juge plus approprié de déclamer la scène de La Tempête de Shakespeare tandis que des musiciens piémontais jouent de la harpe dans une autre barque !

LE HAUT LIEU DU ROMANTISME

Façade sud de l'abbaye de Hautecombe, vers 1850. [Fonds Duvernay, archives municipales d'Aix-les-Bains]

1816. En octobre, Alphonse de Lamartine prend pension chez le docteur Perrier. En revenant en barque du château de Châtillon, ses quatre bateliers et lui sauvent une naufragée qu'ils conduisent à l'auberge de pêcheurs sous les rochers d'Hautecombe alors en ruines. De là est née la légende d'une grotte de Lamartine sur la rive caillouteuse du Bourdeau. La rescapée est Julie, l'épouse malade d'un physicien célèbre, Jacques Charles. Le lendemain, elle est ramenée au Môle du Perthuis, sur la jetée du Grand-Port puis à Aix. Les amants parcourent ensemble les environs, «la futaie de Saint-Innocent, les figuiers près du petit donjon de Bon-Port, les châtaigniers de la colline de Tresserve, l'île de Châtillon ... ». Le 26 octobre, ils se séparent, pour rentrer l'un à Mâcon, l'autre à Paris en se promettant de se revoir l'année suivante en Savoie.

1817. Arrivé fin août au rendez-vous aixois, Lamartine attend en vain Julie, trop faible pour voyager; elle meurt en décembre. Tout l'automne livré à lui-même, le poète refait les itinéraires connus et déplore l'absence de son amie: « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». La vue du lac du Bourget lui inspire les vers fondateurs bientôt réunis dans le recueil manifeste de l'Ecole romantique Les Méditations: « Un soir, t'en souvient-il? Nous voguions en silence; / On n'entendait au loin sur l'onde et sous les cieux, / Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence / Tes flots harmonieux. ( ... ) Par la suite, après son mariage à Chambéry, Lamartine reviendra séjourner à huit reprises sur les bords du lac jusqu'en 1830. Les paysages, les sites et les événements de la fameuse idylle nous sont surtout connus par le roman autobiographique Raphaël, paru en 1849 et dans lequel Lamartine crée le personnage d'Elvire.

La baie de Mémars dominée par la Dent du Chat, vers 1840.

1832. Honoré de Balzac vient retrouver Mme de Castries à Aix; il admire «la Dan-du-Chat » dont il fait l'escalade et consacre son temps à la rédaction de son roman La Peau de chagrin. Enrichi dans l'édition de 1838, ce texte retrace les malheurs d'un joueur, Valentin, dont l'âme reste sensible à la beauté de la nature: «Le lac du Bourget est une vaste coupe de montagne toute ébréchée où brille une goutte d'eau bleu comme une turquoise égarée ».

Dans ses Impressions de voyage en Suisse, Alexandre Dumas n'oublie pas de raconter quelques anecdotes superficielles qu'il glane en passant à Aix au cours de cette même année.

1837-1844. Le poète savoyard Jean-Pierre Veyrat (1810-1844), écrivain gagné à la cause française, laisse inachevée la composition de son poème Station poétique à Hautecombe.

1863. George Sand publie son roman Mademoiselle La Quintinie, dont l'intrigue se déroule dans le cadre du château du Bourdeau. Ce choix est opportuniste car il tend à lier l'œuvre à une question d'actualité, l'Annexion de la Savoie à la France.

1925. A proximité du château de Châtillon, François Boreau fait élever la statue de Lamartine sur sa propriété. Elle est amenée par bateau depuis Chambéry. C'est l'œuvre du sculpteur Mars-Valett, conservateur des collections des musées de Chambéry.

Anne Weigel


Un livre sur l'archéologie du lac, malheureusemnt pas écrit par nous ;-)
Sous la direction de Raymond CASTEL, un livre regroupant toutes les données issues d'années de recherches sous le lac est sorti. Mon avis de lecteur néophyte ? rigoureusement indispensable !! Il explique simplement et tord le cou à de nombreuses idées reçues. A acheter d'urgence.