Nouvelle information : une équipe de plongeurs profonds est descendue sur cette épave en octobre 2004, le récit de cette plongée dans la page "plongée sur l'avion".
Les premières pistes.
Début 1987, 3 passionnés de plongée, s'intéressant aux épaves d'avions immergées, sont attirés par des témoignages d'anciens pêcheurs professionnels du Lac du Bourget. Selon ces derniers, un avion allemand aurait coulé au fond du lac le 30 mars 1944. L'épave n'ayant jamais été remontée, elle devrait s'y trouver en relativement bon état car les eaux douces et froides du lac favorisent la conservation des structures métalliques.
Quel type d'avion ?
Les Archives militaires allemandes de Fribourg en Brisgau sont consultées et révèlent que la 3° Flotte Aérienne de la Luftwaffe (armée de l'air allemande) déclare la perte complète d'un Focke-Wulf 58 " Weihe " le 30 mars 1944 dans les " environs d'Annecy ". Le Fw 58 en question est un type C, il s'agit d'un bimoteur quadriplace utilisé pour la formation des personnels navigants des unités de bombardement ou de transport.
Historique:
le Weihe (cerf-volant), appelé aussi Drache (milan) est un des plus importants avions utilitaires de la Luftwaffe, de la classe Anson ou Oxford. Il vole d'abord en tant que transport civil de six places en 1935. De nombreuses versions militaires voient le jour ensuite comportant parfois jusque trois MG 15 ou d'autres mitrailleuses avec un chargement de bombes aux attaches d'ailes ou de fuselage et un train d'atterrissage conventionnel, à ski ou à flotteur. Entre 1937 et 1942, environ 4 500 Fw 58C seront fournis à la Luftwaffe, appelés bombardiers Leukoplast (sparadrap) quand ils servent d'ambulances. L'une de leurs missions principales consiste à arroser les zones russes de germicides.
Ce Fw 58C Weihe est un Sanitâtsflugzeug (ambulance) et peut-être un des Fw 585, version spécialement construite à cet effet. Environ 2000 appareils seront employés comme ambulances et pour des missions casevac, mais la plupart des Weihe sont des avions d'entraînement d'équipages souvent avec un nez de bombardier.
Prototypes, Fw 58, 588 et 58C
Origine : Focke-Wulf Flugzeubau GmbH
Type : avion multirôle d'entraînement d'équipage, de transport, d'ambulance et de missions spéciales
Moteurs : deux Argus As 10C V-8 inversé refroidissement par air de 240 CV
Dimensions : envergure 21 m; longueur (caractéristique) 14 m ; hauteur (atterrissage conventionnel) 4,21 m
Poids : à vide (caractéristique du C) 2 400 kg; en charge 3 600 kg
Performances : vitesse maxi 280 kmlh
rayon d'action normal : 800 km
Les faits.
En 1944, l'aérodrome de Lyon-Bron abrite l'école de radionavigation numéro 4 dans le cadre de la 3° Flotte Aérienne. Le but de cette école étant de former les opérateurs radios des escadres de bombardement de la Luftwaffe utilisant pour ce faire des Fw 58 " Weihe ".
Il est 13H15 quand le Fw 58 (numéro de série 3652) immatriculé TD+QE décolle de Bron. Il se dirige vers les Alpes et après 40 mn survole la commune de Chindrieux et Châtillon. Pour une raison indéterminée, l'avion touche l'eau du bout de l'aile gauche et percute le lac. Le pilote aurait peut-être commis une erreur de pilotage se laissant abuser
par l'effet miroir bien connu des pilotes de Canadair et d'hydravion en général.
Des 4 membres de l'équipage 2 seront tués dans l'accident : le pilote, l'adjudant Ernst Chronz et un élève le caporal Kurt Becker. Le 2ème élève Rudolph Schiere et le radio le caporal Otto Steinbach survivront et seront recueilli par des pêcheurs et hébergé par une famille de Conjux. Leur état (choc et hypothermie) ne permettant pas leur transport immédiat, ils resteront quelques jours chez l'habitant avant de retrouver leur base.
Pour l'anecdote, le commandant allemand de la base de Bron interviendra auprès des autorités compétentes pour faire libérer 4 prisonniers de guerre originaires de Conjux en remerciement des soins apportés à ses hommes par la population du village.
45 ans plus tard.
L'association Fahrenheit 32 (0° Celsius), dont les trois plongeurs cités plus haut font partie, débute une campagne de recherche et de localisation de l'épave. D'octobre 1987 en février 1988 des plongées avec sondage jusqu'à 40m sont effectuées sans succès. En recoupant divers témoignage, une seconde zone est définie dont la profondeur oscille entre 80m et 120m. La zone est prospectée à l'aide d'un sondeur jusqu'au 25 février 1988 se soldant par la découverte d'une anomalie à 115m. Localisation confirmée par l'utilisation d'une technique d'échographie latérale. Suit une déclaration du site à la gendarmerie de Chindrieux et au CNRAS (Centre National de Recherches Archéologiques Subaquatiques) à Annecy.
L'épave est localisée, il faut maintenant en rapporter quelques images...
Après quelques essais infructueux (caisson vidéo remorqué impossible à diriger, fuites, implosion...), l'équipe fait appel le 14 novembre 1989 à une entreprise spécialisée de Montpellier, Hytech, et loue un ROV (Remote Operated Vehicule). Les différentes campagnes seront infructueuses faute de visibilité.
En décembre 1993, la société grenobloise Hydrokarst propose ses services et en utilisant le ROV " Achille " prêté par Hytech parvient à filmer l'avion. Le ROV se paiera même une plongée longue durée sur l'épave car il restera coincé et ne sera récupéré que quatre mois plus tard en avril 1994.
L'avenir.
L'avion sera-t-il remonté et restauré car il semble qu'aucun Fw 58 ne soit exposé nulle part, restera-t-il au fond pour servir de but à des plongeurs Tech. Une restauration ne pose pas de réels problèmes pour qui en a les moyens, plusieurs sociétés en France en ont les capacités techniques. Une fondation américaine de Virginie, la Ferrumar, avait d'ailleurs à l'époque proposé de reprendre à son profit la découverte de l'avion pour le ramener aux Etats-Unis. Depuis 1994 rien n'a bougé. Il semble que les voeux du dernier survivant soit exaucés et que l'avion soit destiné à rester sur son lit de vase pour la seule joie des poissons.
Sources : Le Fana de l'aviation mars 1995
Les photos que vous pouvez voir ont été filmées par un sous marin.
La qualité photographique des clichés est des plus moyenne et l'interprétation des vues est assez ardue, le manque de recul imposé par les conditions de prises rendant impossible toute vue d'ensemble.









