Cette page a été recopié sur le Dauphiné Libéré du 23 octobre 2004.
Pour des photos et une vidéo de cette plongée, un seul site, celui de Jérôme.
Un mystère a été élucidé en Savoie.
Le Club des cinq a retrouvé l'avion fantôme
Cinq plongeurs amateurs ont touchés pour la première fois, par 112 mètres de fond, l'appareil allemand qui s'était abimé dans le lac du Bourget il y a 60 ans. Personne ne l'avais encore jamais vu et le mythe s'était installé : existait-il vraiment ? Cette fois on le sait, il y est.
Ils ont cette image si ancrée dans la tête qu'on croirait voir l'épave dans le reflet de leurs yeux. Jean-Marc Blache, Jérôme Mazier et Marco Stroppa l'ont vu. Pas la Dame Blanche, non. Juste cet avion fantôme de l'armée allemande que la légende disait être tombé dans le lac du Bourget en 1944 mais que personne n'avait retrouvé. L'histoire commence à table, entre la poire et le fromage, le beau frère de Jean Marc, passionné d'aviation, raconte qu'il a lu dans une revue spécialisée qu'une association savoyarde, "Fahrenheit 32", cherche depuis des lustres l'épave d'un Focke Wulf 58 C appartenant à la Luftwaffe soi-disant tombé dans le lac du Bourget. "Toi qui es plongeur, tu devrais aller voir ! ", lance-t-il comme un défi. Tope là !
Jean-Marc Blache noue contact avec cette association. Les membres confirment qu'ils ont effectué de nombreux sondages dans les eaux profondes du lac et qu'à force d'acharnement, au bout de deux ans, ils ont fini par détecter "une anomalie" par 115 mètres de fond au large de Conjux, petite bourgade portuaire du bout du lac. Roger Pilloud, le président de "Fahrenheit"; confie qu'il s'est fait prêter des robots sous-marins spécialisés et qu'il possède donc des images, mais qu'il gardera le secret. Pourquoi ? "Pour éviter les pillages. Les américains ont déjà tenté de nous arracher l'épave. Mais celle-ci ne bougera pas d'ici ! Mes amis et moi en avons fait le serment à l'un des deux rescapés allemands que nous avons retrouvé à Stuttgart et qui nous l'a fait promettre. Et puis pour éviter les accidents aussi. Certains seraient assez fous pour aller plonger à ces profondeurs. Ils n'en reviendraient pas ! "
Mais un Jean-Marc Blache averti en vaut deux. Après avoir constitué son équipe - Jérôme et Marco; les plongeurs, mais aussi Alain Pinot, spécialiste du sondage et Marc Donzel, médecin spécialiste hyperbare, il a minutieusement préparé son voyage abyssal. Les hommes poissons se sont longuement entraînés en mer et en lac pour tester leurs mélanges Trimix : Oxygène, Hélium et Azote. Ne descend pas à 112 mètres qui veut... Le médecin de la bande a même effectué plusieurs tests au Doppler pour vérifier l'état de santé des plongeurs après des descentes pareilles. Enfin, un spécialiste de la Comex leur a concocté des "tables de décompression" spécifiques pour assurer des paliers de secours.
Début octobre, tout est pret. Le club des cinq se dirige vers le port de Chindrieux à bord d'une embarcation. Les paroles sont rares. Les gorges sont nouées. "On ressemblait à des tortues qu'on aurait mises sur le dos tant nos équipements étaient lourds et encombrants", se souvient Jean Marc. Un dernier signe de tête aux deux tuteurs restés à bord et voilà les plongeurs partis sous la surface. Les cinquante premiers mètres se déroulent bIen. Premier palier, premier changement de gaz. A 80 mètres, le froid et le noir se font oppressants. Encore vingt mètres. "Il fallait rester concentré"; témoigne Jérôme. "Surtout ne pas se poser de question. Car à cette profondeur, le moindre essoufflement est fatal". Charmante ambiance. On manque d'air rien qu'à les écouter.
Les voilà à 112 mètres. Toujours rien. Ils sont pourtant au fond et n'ont que la vase à contempler. Les éclairages surpuissants peinent à forcer l'obscurité. C'est la "cata"... Ultime tentative :Marco s'écarte de Ia ligne de vie pour un petit tour d'horizon à gauche. Le faisceau de sa lampe capte alors une sorte d'étrave de bateau haut de 70 cm sortant de la vase. Résigné, celui-ci remonte tout de même ce bout d'épave qu'il croit être un bateau coulé. Soudain, au bout de l'étrave,un cockpit... C'est une aile d'avion qu'il vient de suivre ! Alors il lève les yeux. Dans la faible clarté de la lampe, il distingue le mince fuselage planté à la verticale. Le choc ! Il ne reste plus que l'armature métallique. En revanche, la queue de l'appareil est toujours entoilée, ainsi que les ailes où les plongeurs croient deviner le dessin de la croix de fer. Il est bien là, droit comme un "i", le nez dans la vase, préservé par l'eau douce et l'absence d'organismes vivants à cette profondeur. Malgré l'excitation, les plongeurs s'obligent au calme : le moindre coup de palme sur le fond et la visibilité est foutue. "C'était dur de maîtriser nos gestes avec l'adrénaline qui nous courait dans le corps", se souvient Jérôme. Il reste six minutes avant de devoir amorcer la remontée par paliers. Jean-Marc, photographe professionnel, saisit quelques clichés, non sans stress. "J'avais peur de m'accrocher à l'épave et de ne plus pouvoir me dégager, vu que je m'occupais de mon appareil photo".
Les plongeurs se souviennent encore des regards échangés, les yeux brillants derrière les masques, des doigts qui se touchent en signe de fraternité dans la réussite. "La remontée a été la chose la plus longue de ma vie', en soupire encore Jean Marc. "A cause de la fatigue, mais aussi de l'irrépressible envie de hurler notre trouvaille à nos deux compères qui nous attendaient là-haut". Quand ils émergent enfin, Alain et Marc, du haut du bateau, comprennent tout de suite : dans les yeux exorbités des, plongeurs, l'épave fantomatique est là...
Murielle BERNARD

C'était le 30 mars 1944...
Il est environ 13 h 15, ce 30 mars 1944. Sur le tarmac de l'aérodrome de Lyon Bron, un Focke wulf 58 s'apprête à décoller. Sur ses ailes, les croix de fer et croix gammées annoncent la couleur. A son bord, quatre soldats allemands : deux pilotes instructeurs et deux élèves. Après 40 minutes de vol, le pilote veut faire plaisir à son élève en lui offrant un rase motte au dessus du lac qu'ils survolent, juste pour goûter la sensation. Las !
A peine vient-il de dépasser les ports de Châtillon et Conjux que l'appareil pique du nez. L'eau est à 3°. Ça laisse peu de temps pour apprécier la baignade... Deux membres d'équipage coulent avec le "navire". Mais les deux autres sont sauvés in extremis par des pêcheurs chautagnards qui taquinaient l'Omble Chevalier. Bonne pêche !
L'état des blessés ne permettant pas leur transport, ils prennent pension dans une famille d'accueil du coin avant que le colonel allemand de la base de Bron ne vienne les récupérer. Pas rêche, le serviteur du Reich fera libérer quatre prisonniers français originaires de la Chautagne "pour bons et loyaux services rendus à ses soldats".
Les faits sont authentifiés grâce aux archives militaires allemandes de Fribourg. La troisième Flotte aérienne de la LuftWaffe y fait mention de la perte d'un Fw58 1e 30 mars 1944 "dans les environs d'Annecy".
Grâce aux plongeurs savoyards, l'avion fantôme n'en est plus un.
M.B.








