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Génération future

lundi 20 mai 2013, par administrateur.
Mis à jour le vendredi 24 mai 2013

LE BOURGET. Les oeufs ont été prélevés sur des géniteurs dans les eaux du lac. Ils ont éclos à Thonon-les-bains en pisciculture. Les pêcheurs les replongent dans leur milieu d’origine. Dans quelques années on saura si les poissons pris à la lignes proviennent ou non de l’alevinage de juillet 2003.

Un véhicule s’arrête sur le site de Charpignat, au Bourget-du-Lac. René Guidetty sort en trombe : Le président des pêcheurs d’Aix-les-bains sait qu’il n’a pas de temps à perdre pour mener à bien la troisième - et dernière - opération d’alevinage d’ombles chevaliers dans le lac du Bourget. Il s’est levé très tôt le matin, à 5 heures, pour se rendre à Thonon-les-bains. Là, il a récupéré plus de 30 000 alevins de salvelvinus alpinus (nom scientifique de l’omble chevalier qui atteste de son origine alpine), élevés certes à la pisciculture de Rives, mais qui, dans leurs gènes, ont peut-être un souvenir vague des profondeurs du lac du Bourget. C’est en effet dans le lac savoyard que les oeufs ont été prélevés sur des géniteurs en décembre dernier, lors de pêches au filet.

Les oeufs ont été transférés à Thonon et ont éclos en début d’année. Puis, tout doucement, les alevins ont grossi. Ils mesurent jusqu’à 6 centimètres de long en ce mois de juillet pour la mise à l’eau.

René Guidetty sait que l’opération qui va être menée est délicate. En compagnie de ses collègues des pêcheurs chambériens, il n’a d’yeux que pour le récipient dans lequel frétillent les 30 000 alevins : " à Thonon l’eau était à 14°, elle a monté de 3° durant le trajet " remarque-t-il, presque inquiet.
Il va falloir faire vite. Les alevins n’aiment pas les variations de température. Ils vont pourtant devoir subir un redoutable choc thermique s’ils veulent survivre. "L’eau du lac, à un mètre de profondeur, est à 27°", constate un pêcheur. Deux petits bateaux attendent à quai. Avec un bac dans chacun d’eux. Et de petites épuisettes. Le bac pour mettre les poissons avec la même eau de la pisciculture de Thonon, et l’épuisette pour les prendre et les jeter définitivement dans le grand bain du lac du Bourget. A environ 500 mètres du bord. >En ce lieu la profondeur du lac dépasse les 50 mètres. Les ombles chevaliers vont alors effectuer le grand plongeon, bien en dessous des 10 mètres où la température de l’eau est encore à 20°. Et tant pis pour le choc thermique. Il y va de leur vie d’omble chevalier.
Dans environ trois ans petit poisson sera devenu grand si Dieu lui a prêté vie. Et sera peut-être pêché. On saura alors si l’omble chevalier en question a été mis à l’eau un beau jour de juillet 2003.
Comme l’explique Sébastien Cachera, coordinateur de la pêche et du milieu aquatique au Cisalb (comité intersyndical pour l’assainissement du lac du Bourget) : " un système permettra d’identifier chacun des 120000 ombles, c’est la première fois que tous les ombles seront ainsi marqués. Au vu des prises, on pourra alors savoir quelle proportion d’ombles viennent de la reproduction en milieu naturel ou de l’alevinage ". Une importante contribution scientifique pour mieux connaître les besoins futurs en alevinage. L’alevinage qui concerne les ombles chevaliers, mais aussi les lavarets et les truites lacustres (15 000 ont été mises à l’eau en mars) semble être une nécessité, dans la mesure où depuis les années 70 on assiste à une eutrophisation des eaux, associée naturellement à une désoxygénation, préjudiciable au cycle de la reproduction. C’est justement un des maux auquel souhaite s’attaquer le contrat de bassin versant du lac du Bourget, le dispositif central du projet" Grand Lac ", Mais chacun le sait, le milieu en question est complexe, avec des fluctuations de prises fréquentes qui justifient l’approche scientifique qui va être mise en oeuvre (voir ci-dessous), Pour l’heure, constatent les pêcheurs amateurs qui oeuvrent de concert avec les professionnels pour les opérations d’alevinage. " Les prises de brochet sont bonnes, celles d’ombles sont moyennes, celles de truites assez médiocres. Peut-être parce que les deux principaux cours d’eau se jetant au lac, la Leysse et le Sierroz ne favorisent pas la reproduction. Quant à la perche, ce n’est pas brillant non plus, mais on espère qu’elle reviendra. Enfin pour la friture, cela dépend des années ". Tout l’enjeu des années à venir réside dans une meilleure connaissance et gestion de la ressource.

MicheI LÉVY.

Article paru dans le Dauphiné Libéré du 11 juillet 2003

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