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L’avion du lac, la vidéo

dimanche 13 octobre 2013, par administrateur.
Mis à jour le dimanche 27 mars 2016

Anja Unger, L’avion du lac

Article trouvé sur le site revue.org, Anja UNGER, l’avion du lac

Otto Steinbach en 1943
Otto Steinbach en 1943

Le 30 mars 1943, un bimoteur d’entraînement de la Luftwaffe décolle de l’aérodrome de Bron, à proximité de Lyon, pour un vol d’entrainement en direction de la Savoie. À son bord quatre jeunes Allemands tout juste âgés d’une vingtaine d’années profitent du cadre du lac du Bourget en volant au ras de la surface du lac. Ils sont arrivés par le Nord du lac, survolant la commune de Chindrieux et le château de Chatillon qui domine le lac mais ils n’ont que peu le loisir d’apprécier ce décor grandiose. Pour une raison inconnue leur avion vient à percuter la surface du lac dans un choc violent. Dès lors ce qui ne devait être qu’un banal exercice pour ces jeunes aviateurs se transforme en une « histoire humaine » qu’Anja Unger, la réalisatrice de ce documentaire, cinéaste Allemande installée en France depuis 1990, raconte avec finesse et humanité.

L’avion, un Focke Wulf 58 C, est conçu pour l’entraînement et ne vole pas rapidement, le choc avec l’eau n’est donc pas particulièrement violent et l’avion ne coule pas immédiatement, laissant à deux des jeunes aviateurs le temps de sortir l’habitacle de leur avion. Ils nagent en direction de la côte Ouest du lac en appelant à l’aide. À l’époque le nombre de pêcheurs professionnels est bien plus important qu’aujourd’hui et ce jour-là plusieurs barques naviguent dans les environs. Malgré l’absence de moteur, plusieurs barques arrivent rapidement au niveau des deux rescapés. Ils sont hissés à bord de l’une d’entre elles, échappant à une mort certaine dans une eau qui n’atteint pas les dix degrés. Ils sont ensuite conduits sur la berge, au niveau de la commune de Conjux. La réalisatrice prend pour objet les histoires allemandes et françaises qui gravitent autour de l’accident de l’avion du lac. Elle tisse l’ensemble des récits individuels et collectifs pour reconstruire l’histoire de cet événement qui prend place dans une petite commune qui n’est pas au centre de la guerre.

S’il s’agit avant tout d’une « histoire humaine », c’est parce que Anja Unger croise les histoires de vie, souvent dramatiques, françaises et allemandes, à partir de cet avion qui semble reposer paisiblement au fond du lac du Bourget, pour raconter un accident d’avion, une tragédie de guerre et la quête contemporaine par les habitants des communes de l’épave et de ses rescapés. Les histoires, françaises et allemandes, locales et nationales, s’imbriquent. Les pêcheurs qui ont assisté au sauvetage des deux aviateurs sont nombreux mais une fois à terre, rares sont les personnes qui souhaitent s’occuper d’eux. En effet, les deux rescapés sont frigorifiés et ils ne peuvent être laissés à eux-mêmes. Comme l’explique l’historien Allemand Stefan Martens, c’est une chose de sauver de la noyade une personne qui appelle à l’aide, mais une fois sur la berge, l’uniforme et les insignes nazies des rescapés visibles « le cerveau se remet à réfléchir »… Ainsi, les gendarmes recueillent une douzaine de témoignages de villageois mais seules deux familles, les Falques et les Rubelin, acceptent d’accueillir les deux allemands. Il s’agit d’un véritable cas de conscience pour ces personnes, notamment pour l’une d’entre elle dont le chef de famille est communiste. L’Allemagne a envahi le reste de la France libre et dans un petit village dans lequel les nouvelles vont vite, comment ne pas passer pour un sympathisant des Allemands, donc un traître, en venant en aide à l’ennemi ? Pour preuve, les réflexions et les rumeurs sur une récompense attribuée aux familles ayant hébergé les aviateurs vont bon train. Les Allemands ont effectivement proposé de l’argent aux deux familles, mais elles ont refusé et négocié âprement la libération de quatre prisonniers du village. Elle sera effective six mois plus tard.

La réalisatrice fait également le jour sur « l’histoire » de l’avion du lac depuis qu’il dort par 110 mètres de fond. Car celle-ci est ancrée dans la mémoire des habitants des communes bordant le lac. L’accident et le sauvetage de deux aviateurs nazis a fait naître le désir ardent chez certains de retrouver l’épave. La réalisatrice est ainsi partie à la rencontre de Roger Pilloud et son ami Alain Huck qui ont cru pendant de longues années pouvoir retrouver l’épave du bimoteur d’entraînement. Après avoir recueilli patiemment les témoignages des habitants de Conjux qui avaient vu l’avion allemand survoler le lac, ils sont parvenus à circonscrire une zone de recherche qu’ils ont ensuite quadrillé dans une barque équipée d’un sondeur sous marin de fortune. Après plusieurs années de recherches, l’avion est finalement repéré une première fois en 1990. Dès lors les deux amis ont à cœur de retrouver l’identité des pilotes du Focke Wulf 58. Ils vont rencontrer à Suttgart Otto Steinbach qui est le seul de deux rescapés encore en vie. Pour l’aviateur c’est l’occasion de rappeler ce que beaucoup de jeunes allemands ont vécu à la fin des années 1930 : les joies de l’aviation rendues accessibles grâce à une politique particulièrement volontariste de la part du régime nazi. Il n’en reste pas moins que cette jeunesse sacrifiée a payé un lourd tribu pour réaliser les fantasmes des dirigeants nazis. Ainsi, l’autre survivant du crash, Rudolf Schiewe, a été abattu un an et demi plus tard sur le front de l’Est.

Anja Unger croise cette mémoire locale avec la « grande histoire » en convoquant les témoignages de deux historiens, un Français et un Allemand qui apportent un éclairage indispensable pour mieux cerner le contexte local et national dans lequel vient s’insérer cet événement. La réalisatrice appuie son travail sur un important travail d’archives : elle a retrouvé par exemple l’album photos d’un aviateur du Focke Wulf ou un film montrant des barques de pêcheurs au large du village de Brison les Oliviers, comme il y en avait également dans le village de Conjux en 1943. Elle a également filmé l’émouvante rencontre entre Roger Pilloud et le neveu de Kurt Becker, le copilote qui a disparu lors du crash. La présence de ce membre de la famille d’un des deux disparus du crash donne un éclairage encore plus humain derrière ce qui pourrait être vu uniquement comme un énième crash d’avion d’une période qui en a compté plus que n’importe quelle autre. Sans verser dans les superlatifs creux, nous pouvons dire qu’il s’agit d’un véritable travail de mémoire collective qui permet de comprendre et rapprocher les hommes et les femmes grâce à cette épave.

Au-delà de ces qualités historiographiques, il faut souligner pour finir que la mise en images de ce travail de mémoires et d’archives est remarquable à plusieurs niveaux. Il faut noter la beauté des images, dont une douce poésie se dégage, notamment grâce aux plans en extérieur qui mettent le lac et ses environs en valeur. Les paysages filmés, cela est sans doute volontaire, semblent être ceux d’une fin d’hiver, avec les sommets environnants encore pris dans la neige, comme cela devait être le cas au mois de mars 1943, un cadre magnifique qui ne laisserait personne indifférent.

Anja Unger, L’avion du lac
Dans son film "L’avion du lac", la réalisatrice allemande Anja Unger raconte l’histoire de deux aviateurs nazis tombés dans le lac du Bourget et sauvés par les pêcheurs locaux.
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