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L’histoire - Chronique littéraire

lundi 20 mai 2013, par administrateur.
Mis à jour le samedi 22 juin 2013

RENAISSANCE : LES HUMANISTES EN VILLÉGIATURE

Le lac du Bourget1560. Proche du mouvement de la Pléiade, Marc-Claude de Buttet (1530-1586) publie à Paris les 128 sonnets de son Amalthée puis, à Lyon en 1575, une édition plus complète. Quittant la cour de France en 1559, il rentre en Savoie et s’installe dans ses terres de Tresserve : « Ores me tient mon beau champ de Treiserve / Sur un coutaut non lointain où ma Leisse / Va voir son lac que le fier Rosne atteint / Je philosophe en ce lac argentin ».

1572. Jacques Peletier du Mans décrit le lac du Bourget dans son poème humaniste De la Savoye.

1581. Dressé en contrebas du Mont du Chat, à pic au-dessus de l’eau, le château de Bourdeau est alors une bâtisse à caractère défensif. Dans son Journal du Voyage en Italie, Montaigne fait halte à la manufacture d’armes « où se font des épées de grand bruit ».

1593-1595. Nommé abbé d’Hautecombe en 1560, Alphonse Delbène (1538-1608), rédige en latin sa Description de la Savoie. Prélat humaniste, ami de Ronsard et familier de Marguerite de France, épouse du duc de Savoie Emmanuel Philibert, il porte sur le lac le regard attentif d’un savant naturaliste et d’un érudit féru d’antiquité latine. Bon vivant et fin gourmet, il cite le lavaret et le brochet, décrit les techniques de pêche et souligne l’intense navigation qui anime le lac.

Raphaël, roman de Lamartine, 1849
Raphaël, roman de Lamartine, 1849
Illustration de Jouannot

QUELQUES IMAGES DU GRAND SIÈCLE

1623. Par son ouvrage, Les vertus merveilleuses des bains d’Ayx-en-Savoye, le bon docteur Cabias assure la promotion des eaux de soufre et d’alun dont les bienfaits devaient être sensibles sous toutes les formes : bains, douches, étuves ou absorptions.

1672-1675. Hortense Mancini, nièce du feu cardinal Mazarin, se réfugie à Chambéry après des mésaventures conjugales et entraîne sa petite cour au bal, au théâtre et à la chasse ; l’été, elle scandalise les Savoyards en se faisant porter dans le lac par son More « tantôt sur le dos tantôt sur le ventre ».

DESPOTISME ÉCLAIRÉ ET MUTATIONS ARCHITECTURALES

1775. Fâché de la rusticité des lieux, le roi Victor-Amédée III fait construire à Aix un établissement thermal avec colonnes et fronton aux armes royales. Les abords du lac sont ignorés.

1783-1784. Avide de soins thérapeutiques, de festivités et de divertissements, la cour de Turin et quelques étrangers lancent la station aixoise et se montrent curieux du lac ; selon le docteur Despine « les eaux les plus utiles sont celles qui offrent le plus de plaisir ». En 1787, il met au point sa douche « à panier écossais ».

Façade sud de l
Façade sud de l’abbaye de Hautecombe, vers 1850
Fonds Duvernay, archives municipales d’Aix-les-Bains

Ier EMPIRE : LA DÉCOUVERTE TOURISTIQUE DU LAC

1808-1815. La famille impériale multiplie les séjours à « Aix-en-Savoie » et lance la mode des baignades et des promenades d’agrément en barque sur le lac.

1808. Pauline Borghèse et ses familiers investissent la demeure bourgeoise d’un physiocrate des Lumières, Jean-Amédée Chevalley (1769-1831). Située sur les hauteurs d’Aix, la villa offre une vue qui s’étend jusqu’au lac ; par une avenue bordée de peupliers, on se rend au port de Puer pour s’y baigner.

1809. Parmi les gens de lettres, Madame de Staël, sa fille, Albertine et Benjamin Constant quittent brièvement leur exil de Coppet pour retrouver à Aix, Mme Récamier et son amie Mme de Boigne qui les reçoit au château de Buisson-Rond.

1810. Durant l’été et l’automne, l’impératrice Joséphine, récemment répudiée, prolonge sa cure en exil à Aix avec les dames de son entourage, Mmes d’Audenarde et de Rémusat. Son chambellan, Lancelot Turpin de Crissé, réalise 33 dessins à la mine de plomb relevés de sépia, parmi lesquels le paysage du lac du Bourget avec la Dent du Chat et des scènes familières à la « fontaine intermittente » ou à la « terrasse de l’ancienne Abbaye d’haute-Combe ». Un jour, une tempête sur le lac met tout le monde en péril et l’embarcation décorée « de petits rideaux et d’un dais assez haut » faillit chavirer. Informé par Joséphine, Napoléon ironise : « J’ai vu avec peine les dangers que tu as courus. Pour une habitante du delà de l’océan, mourir dans un lac, c’eût été fatalité ! … ». Hortense de Beauharnais, reine de Hollande, rejoint sa mère et retrouve Charles de Flahaut, père de son 4e fils, le futur duc de Morny, probablement né en Savoie en septembre 1811.

Fontaine intermittente, Abbaye de Hautecombe
Fontaine intermittente, Abbaye de Hautecombe
Fonds Duvernay, archives municipales d’Aix-les-Bains

1812. A l’initiative de la princesse Pauline Borghèse, une vingtaine de personnes s’embarquent pour réciter Pétrarque au fil de l’eau. Mais la traverse, le roulis et les vagues ont raison de l’acteur Talma qui juge plus approprié de déclamer la scène de La Tempête de Shakespeare tandis que des musiciens piémontais jouent de la harpe dans une autre barque !

LE HAUT LIEU DU ROMANTISME

1816. En octobre, Alphonse de Lamartine prend pension chez le docteur Perrier. En revenant en barque du château de Châtillon, ses quatre bateliers et lui sauvent une naufragée qu’ils conduisent à l’auberge de pêcheurs sous les rochers d’Hautecombe alors en ruines. De là est née la légende d’une grotte de Lamartine sur la rive caillouteuse du Bourdeau. La rescapée est Julie, l’épouse malade d’un physicien célèbre, Jacques Charles. Le lendemain, elle est ramenée au Môle du Perthuis, sur la jetée du Grand-Port puis à Aix. Les amants parcourent ensemble les environs, « la futaie de Saint-Innocent, les figuiers près du petit donjon de Bon-Port, les châtaigniers de la colline de Tresserve, l’île de Châtillon … ». Le 26 octobre, ils se séparent, pour rentrer l’un à Mâcon, l’autre à Paris en se promettant de se revoir l’année suivante en Savoie.

1817. Arrivé fin août au rendez-vous aixois, Lamartine attend en vain Julie, trop faible pour voyager ; elle meurt en décembre. Tout l’automne livré à lui-même, le poète refait les itinéraires connus et déplore l’absence de son amie : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». La vue du lac du Bourget lui inspire les vers fondateurs bientôt réunis dans le recueil manifeste de l’Ecole romantique Les Méditations : « Un soir, t’en souvient-il ? Nous voguions en silence ; / On n’entendait au loin sur l’onde et sous les cieux, / Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence / Tes flots harmonieux. ( … ) Par la suite, après son mariage à Chambéry, Lamartine reviendra séjourner à huit reprises sur les bords du lac jusqu’en 1830. Les paysages, les sites et les événements de la fameuse idylle nous sont surtout connus par le roman autobiographique Raphaël, paru en 1849 et dans lequel Lamartine crée le personnage d’Elvire.

Lamartine écrivant le poème Le lac sous les châtaigniers de Tresserve
Lamartine écrivant le poème Le lac sous les châtaigniers de Tresserve
Fonds Duvernay, archives municipales d’Aix-les-Bains.

1832. Honoré de Balzac vient retrouver Mme de Castries à Aix ; il admire « la Dan-du-Chat » dont il fait l’escalade et consacre son temps à la rédaction de son roman La Peau de chagrin. Enrichi dans l’édition de 1838, ce texte retrace les malheurs d’un joueur, Valentin, dont l’âme reste sensible à la beauté de la nature : « Le lac du Bourget est une vaste coupe de montagne toute ébréchée où brille une goutte d’eau bleu comme une turquoise égarée ».
Dans ses Impressions de voyage en Suisse, Alexandre Dumas n’oublie pas de raconter quelques anecdotes superficielles qu’il glane en passant à Aix au cours de cette même année.

1837-1844. Le poète savoyard Jean-Pierre Veyrat (1810-1844), écrivain gagné à la cause française, laisse inachevée la composition de son poème Station poétique à Hautecombe.

1863. George Sand publie son roman Mademoiselle La Quintinie, dont l’intrigue se déroule dans le cadre du château du Bourdeau. Ce choix est opportuniste car il tend à lier l’œuvre à une question d’actualité, l’Annexion de la Savoie à la France.

1925. A proximité du château de Châtillon, François Boreau fait élever la statue de Lamartine sur sa propriété. Elle est amenée par bateau depuis Chambéry. C’est l’œuvre du sculpteur Mars-Valett, conservateur des collections des musées de Chambéry.

Anne Weigel

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