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La vie dans les lacs : comment est-elle arrivée ?

mercredi 17 janvier 2018, par administrateur.
Mis à jour le mercredi 17 janvier 2018

La vie dans les lacs : comment est-elle arrivée ?

Brigitte Lods-Crozet, DGE, Canton de Vaud

(Article tiré de "Lacs alpins naturels en 80 questions")

C’est dans l’eau que la vie sur la terre est apparue, d’abord dans les océans puis dans les milieux d’eau douce qui ne représentent aujourd’hui que 2,5 % de l’eau (glaciers compris) de la planète. Progressivement, grâce au phénomène de migration, la vie lacustre s’est diversifiée et spécialisée. Plus récemment, le développement des sociétés humaines a accéléré les échanges d’espèces entre milieux.

Les grands lacs alpins sont jeunes

Les grands lacs alpins ont été façonnés par l’action érosive des glaciers dont le dernier retrait date d’environ 14000 ans. Au maximum de la glaciation, il y avait une épaisseur de glace d’environ 800 à 1000 m au-dessus du niveau de l’eau du Léman (voir article : Naissance et transformation des lacs : du temps des mammouths à nos jours). La colonisation initiale par les affluents a été rendue souvent difficile, les voies de circulation des espèces étant barrées par des obstacles naturels. Le Léman a ainsi été préservé des échanges biologiques des bassins du Rhône et du Rhin par un isolement naturel, géographique et hydrologique, causé par exemple par les pertes du Rhône à Bellegarde, dans l’Ain. Le fleuve s’engouffrait alors dans une sorte de canyon infranchissable pour la plupart des espèces. Aujourd’hui, ce site est noyé sous les eaux de la retenue du barrage de Génissiat.

Migration active et transport passif

La colonisation naturelle après les glaciations s’est faite par remontée dans les rivières. Les végétaux et animaux qui ont colonisé les lacs alpins se trouvaient dans deux refuges : le bassin ponto-caspien (est de l’Europe) et le bassin méditerranéen. Les mécanismes de colonisation ont été très actifs, par migration vers l’amont le long des cours d’eau pour les poissons, les invertébrés et les insectes en phase aérienne.
Un transport passif s’est aussi fait, soit par le milieu aquatique pour les organismes en suspension (plancton végétal et animal, graines des végétaux), et pour les larves planctoniques de certains invertébrés vivant sur le fond (comme les moules), soit par le vent (graines), soit par les vertébrés (oiseaux, mammifères), transporteurs malgré eux des organismes végétaux et animaux. L’homme a bien sûr contribué à la colonisation des lacs et ce phénomène a eu tendance à s’accélérer avec la mondialisation des transports aériens et fluviaux (eaux de ballast des embarcations), l’interconnexion des fleuves via des canaux, l’aquaculture, la gestion piscicole, etc.
Actuellement, plus de mille espèces vivent dans les eaux des grands lacs, du rivage aux plus grandes profondeurs, sans tenir compte des organismes microscopiques

La diversité change-t-elle encore ?

Mulette épaisse
Mulette épaisse
Unio crassus

Des changements dans la diversité de la faune et de la flore sont survenus au cours des millénaires par des processus de migration, colonisation, acclimatation, compétition et extinction. Le développement humain accélère ces changements.
L’enrichissement en matières nutritives du milieu (eutrophisation), les constructions de remblai en zone littorale, et la régulation du niveau des eaux, ont provoqué la quasi disparition, des grandes moules dans les zones alluviales d’embouchures de rivières, d’insectes éphémères caractéristiques des grèves de gravier ou encore de la littorelle uniflore, plante des grèves graveleuses périodiquement submergées.
Certaines espèces d’invertébrés aquatiques avec un plus fort potentiel d’expansion, comme la moule zébrée, sont arrivées dans les grands lacs alpins en provenance de la région ponto-caspienne dès le début des années 1960 via les bassins du Rhône ou du Rhin. Plus d’une vingtaine d’entre elles se sont acclimatées (

La littorelle uniflore
La littorelle uniflore

Les poissons, une histoire très récente

Les premières colonisations se sont faites par des espèces d’eau froide comme les salmonidés (truite, corégone et omble chevalier) qui, après l’époque du retrait des glaciers, migraient en mer pour grossir et remontaient les rivières pour se reproduire.
Depuis, plus du tiers des espèces du Léman ont été introduites par l’homme, dès le Moyen Âge, pour des besoins d’exploitation piscicole. Par surexploitation piscicole, deux espèces indigènes du Léman, la féra et la gravenche, ont disparu au début du xxe siècle.

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