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Naissance et transformation des lacs : du temps des mammouths à nos jours

lundi 15 janvier 2018, par administrateur.
Mis à jour le lundi 15 janvier 2018

Naissance et transformation des lacs : du temps des mammouths à nos jours

Jean-Luc Loizeau, Université de Genève, Institut Forel, Anne Guyomard, SIAC GéoPark Chablais, Danielle Decrouez, Contamine-sur-Arve, Gérard Nicoud, Université Savoie-Mont-Blanc, EDYTEM

(Article tiré de "Lacs alpins naturels en 80 questions")

Au regard des temps géologiques, les lacs sont pour la plupart éphémères et disparaissent en quelques milliers ou dizaines de milliers d’années, remplis par l’accumulation de sédiments. La formation des grands lacs alpins est essentiellement l’héritage des nombreuses périodes glaciaires qui ont touché les Alpes depuis le début du quaternaire, il y a environ 2,6 millions d’années. L’évolution des formes lacustres que l’on connait actuellement résulte essentiellement de la dernière glaciation, celle dite du Würm (il y a entre -110000 et -14000 ans) et de la période post-glaciaire.

Les lacs ont des origines variées

Ils peuvent être dus :

  • à la tectonique des plaques (lac Baïkal en Sibérie).
  • à l’activité volcanique (lac Pavin dans le Massif Central).
  • aux écroulements rocheux et aux coulées de boue barrant une vallée (lac des Brenets dans le Jura).
  • à l’abrasion des roches par la glace et les eaux s’écoulant à la base du glacier (la majorité des lacs alpins ou des grands lacs nord-américains).
  • à la dissolution des roches par des eaux légèrement acides (ancien lac de la Girotte dans le Beaufortain).
  • à l’activité des rivières, à un creusement éolien ou à des courants côtiers.

Les lacs alpins peuvent avoir une histoire géologique différente :

Carte des lacs alpins
Carte des lacs alpins
Les lacs avec leur extension maximale et leur extension actuelle (source : E. Chapron, 1999)

Le Léman

La première trace d’un bassin lacustre dans la région lémanique remonte à près de 800 000 ans à l’altitude de 800 m. Après le maximum de la dernière glaciation du Würm, il y a environ 35 000 ans, le front du glacier du Rhône s’est retiré à 5 km en aval de Genève. L’hypothèse d’un lac, à l’altitude de 470 m, au niveau de Fort-l’Écluse est avancée. Après un recul à l’amont d’Évian-les-Bains, le glacier est revenu à Genève dans un lac existant à l’altitude de 410 m. Quand le glacier se retire définitivement dans le Valais il y a 18 000 ans, l’extrémité orientale du Léman est au niveau du verrou de Saint-Maurice, à une altitude de 405 m (372 m aujourd’hui). L’abaissement de l’altitude de l’exutoire [1] par érosion et le comblement progressif avec les apports de matériaux par les cours d’eau (dont le Rhône) réduisent la surface du lac jusqu’à sa forme actuelle.

Le lac du Bourget

Il subsiste des traces d’un lac hérité de la glaciation du Riss. À la fonte des glaciers de l’Isère, il y a environ 25000 ans, un lac s’est formé à une altitude de 280 m, soit 50 m au-dessus du niveau actuel, formant une étendue d’eau de plus de 200 km2 entre Seyssel et Chambéry–Challes-les-Eaux. Ce lac s’est partiellement comblé, avec des dépôts essentiellement glaciaires, puis avec les alluvions de la Leysse et de l’Hyères au sud, du Sierroz et du Tillet à l’est, du Séran, du Fier et surtout du Rhône vers le nord. Après ce comblement, qui s’est arrêté il y a 13 000 ans, des plaines alluviales et des tourbières se sont développées au nord (de Chautagne et de Lavours) et au sud (marais de la Motte-Servolex) et le Rhône s’est détourné vers l’ouest. Le lac actuel d’une longueur de 18 km se trouve à 232 m d’altitude.

Le lac d’Annecy

L’existence d’un lac plus étendu que l’actuel, entre Cran-Gevrier et Lovagny, à une altitude ayant varié de 510 à 440 m, est attestée de la fin de la période glaciaire du Riss jusqu’au début du Würm, il y a environ 65 000 ans.
À la fin de la dernière glaciation du Würm, la fonte rapide du puissant flux de glace issu du massif du Mont-Blanc (glacier de l’Arve s’écoulant par le val d’Arly), du Beaufortain (glacier du Beaufortain) et d’une partie de la Tarentaise (glacier de l’Isère) a engendré de nouveau un lac, estimé à 63 km2 (la surface du lac représente aujourd’hui 27 km²) à l’altitude de 460 m (446 m aujourd’hui). Le lac d’Annecy s’étendait vers le sud jusqu’au niveau de Saint-Ferréol, était plus large à la hauteur de Saint-Jorioz et s’avançait jusqu’à Chaumont et au nord de l’actuel cours du Fier. À cette époque, ce cours d’eau se jetait dans le lac et formait un delta, à l’emplacement actuel de la ville d’Annecy. Le Fier a abandonné le lac définitivement il y a environ 8000 ans, probablement à cause de l’activité de la faille du Vuache [2].

Le lac d’Aiguebelette

Il résulte de l’érosion de la molasse (sable cimenté par du calcaire argileux) par le glacier würmien de l’Isère débordant par-dessus la montagne de l’Épine. Le lac s’étendait plus au nord qu’actuellement.

Notes

[1Cours d’eau évacuant les eaux d’un lac ou d’un étang.

[2La faille du Vuache est un accident tectonique qui descend du Nord Ouest en suivant le rebord occidental de la montagne du Vuache jusqu’à disparaître sous le lac d’Annecy.

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