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Visiteurs d’un jour

samedi 25 mai 2013, par administrateur.
Mis à jour le vendredi 2 octobre 2015

Question :
Pourquoi plongez-vous en lac ?
Réponse :
Parce qu’il est là et que l’on a rien d’autre
Question :
Que voyez-vous ?
Réponse :
Rien ou pas grand chose

Voici le genre de réponses que vous pouvez faire à une personne que vous ne désirez pas voir dans votre club ou pour la dissuader de plonger avec vous.

Ainsi commence une page du site du CPALB, club de plongée d’Aix les bains (Savoie, France) affilié à la FFESSM. Moi, ce genre de présentation me flanque une irrépressible envie d’aller voir. Ca sent le secret bien gardé. Le bas de laine dodu. Le magot sous le matelas.

Coup de bol, notre résidence métropolitaine est proche du lac. Et voilà comment on se retrouve avec un sac supplémentaire, bondé de matos de plongée (pour deux), qui vaut qq. regards noirs aux comptoirs d’enregistrement, et autant de ricanements crétins dans le métro. Première constatation en arrivant, ce n’était pas la peine de tant se charger, le club dispose d’assez de matériel pour nous équiper, et de surcroît de matériel mieux adapté que le notre… D’où quelques commentaires acides de ma chère et tendre. Qu’importe, le plaisir de plonger avec son matos est sans égal -et puis je ne me serais pas fait suer à gaver mes MK20 de graisse pour des nèfles !

Deuxième constatation, Le CPALB est un vrai club associatif, les gens qui sont là ont l’habitude de se retrouver les mercredi et samedi, chacun joue un rôle dans l’organisation : inscriptions, gonflage, distribution du matériel, etc. Le tout dans une ambiance qui change agréablement des usines à plongées de ce côté-ci de l’Atlantique -de l’autre aussi sans doute.

Parmi les membres, quelques figures :

Patrick, le président, qui connaît le lac comme s’il l’avait fait (et d’ailleurs, peut-être l’a-t-il fait :-)) Claude, l’amateur de plongées de nuit, et Edouard, webmaster du site, motard ducatiste, plongeur tout temps (niveau 4 sous la neige !), mascotte officielle du club.
Patrick nous confirme ce qu’Edouard m’avait indiqué via Internet, s’agissant de notre première en lac, on va effectuer une plongée découverte tranquille, sans chercher l’exploit. OK, c’est parti. Le CPALB dispose de deux bateaux (une barge et un Carolina Skiff), les deux sont quasiment pleins, le temps au beau fixe y est peut-être pour qq. chose, mais pas seulement. Cap sur la rive d’en face, la montagne du Chat pour ceux qui connaissent. Pour les autres, une falaise de plusieurs centaines de mètres qui tombe à pic dans le lac.

Et dessous c’est pareil ! précisent Patrick, Edouard, Claude et les autres avec une étincelle étrange dans le regard. Bon, ça c’est le genre de discours que je comprends, on est entre passionnés du même monde.

Amarrage à la rive au lieu-dit "Tahiti". Briefing. Ma femme et moi plongerons avec Patrick. Equipement. Mise à l’eau. Plouf !
Surprise, ce n’est pas si froid que ça (l’ordi affichera jusqu’à 22°). Surprise bis, je vois mes palmes.

On commence à descendre. La visi doit se situer autour des cinq six mètres, dans les tons de vert. Patrick nous avait recommandé de rester groupés et très proche de lui. Tout d’un coup, vers 12/15 mètres, on comprend pourquoi : une espèce du purée de poix infernale, mon masque dans ses palmes c’est à peine si je les distingue.

Ce brouillard marque le thermocline, une fois franchi, la température tombe brutalement à 9°, en même temps que la lumière disparaît.L’eau devient pourtant limpide, mais il faut une lampe pour s’en apercevoir. Pouf ! Allumage des lampes. Echange de signes. Comme on n’a pas l’air trop fébrile, la descente commence. Le long d’un tombant impressionnant, fait de longues dalles noires comme imbriquées les unes dans les autres. Le pinceau du phare de Patrick balaye la paroi, révèle quelques failles, des grappes de petites moules d’eau douce, un brochet. J’ai un petit peu de mal à trouver un bon équilibre. L’eau douce change la portance. D’autant que pour compenser combinaison et sur-veste j’ai forcé la dose en plomb…

En même temps le froid se fait sentir. Pas tellement sur le corps, surtout sur les doigts. Je retrouve des sensations oubliées : conduire une moto en hiver ! Mon épouse me fait signe qu’elle aussi commence à avoir froid aux doigts. 8°, affiche l’ordinateur.Le tombant devient de plus en plus vertical. La lumière du phare disparaît sans accrocher le fond… 35 mètres, on commence la remontée, en léger biais. A peine 20 minutes de plongée et j’ai l’impression de conduire une moto l’hiver, dans le blizzard ! Patrick éclaire quelque. chose, j’ai un peu de mal à voir ce que c’est. ( une carcasse de sanglier, pour connaître son histoire, voir le site du club).Le thermocline repassé, j’ai l’impression de sentir le froid quitter mes doigts. Rhââ, c’est bon (Edouard m’expliquera que le mieux dans ce cas là est d’ôter ses gants, on se réchauffe plus vite). La plongée se poursuit dans la zone verte, où fourmillent les perchettes. Quelques jolis brochets sont tapis dans les herbiers. On termine sous le bateau après 30 minutes d’immersion. Sur le bateau, quelques. visages curieux nous attendent : comment réagit-on au Lac quand on est habitué à de l’eau cristalline à 29° -26 l’hiver ? Et bien on en redemande ! -à condition de trouver des gants digne de ce nom (oui oui, c’était vraiment la peine d’amener son matos !). Et du coup rendez-vous est pris pour une seconde plongée le samedi suivant.Edouard me dit qu’il me prêtera une semi-étanche et un phare. Un autre plongeur, Christian, propose des gants 3 doigts. Elle est pas belle la vie au CPALB ? Samedi suivant, mêmes acteurs, même palanquée, site proche du précédent - Encore plus vertical a dit Patrick. - Cette fois on descend sur le mouillage arrière (pour ne pas pourrir l’espace proche du bateau qui est dédié aux baptêmes -car on fait des baptêmes à Aix les bains). On croise le thermocline comme un vieux pote. L’autre côté est toujours aussi limpide et noir à la fois. La semi-étanche, c’est le pied, à peine si je sens l’eau ! Quant aux trois doigts, pour l’instant c’est aux petits oignons. L’ancre est posé sur une roche. Le tombant commence tout près. Tellement vertical qu’il ressemble davantage à un surplomb ! Allumage des lampes, échange de signes et descente. Dans le minéral grandiose. La roche est noire et grise, zébrée de failles profondes. Par endroits griffée par l’érosion. A d’autres elle est ocre et ciselé comme de la dentelle. Les moules d’eau douce s’y accrochent en grappes massives, leurs coquilles vides s’accumulent en tapis sur les replats. Quelques poissons (lotte) fuient nos lumières en se rencognant dans leurs trous. Sinon l’ambiance est plutôt spéléo. En se tournant vers la surface, c’est un halo verdâtre, irréel et lointain qui déborde le surplomb. Ambiance Abyss -le film.

Vers 55 m, un ressaut dans le tombant, qui se poursuit de plus belle au-delà. Le fond doit se situer vers 90 ou 100 mètres… Nos lampes prennent des airs de bougies. On s’en tient à 55. Ah, si j’avais du trimix… Quand je disais qu’avec la semi-étanche je ne sentais pas l’eau, c’était exagéré, le froid arrive beaucoup plus lentement, mais il arrive. De même pour les trois doigts. Le confort reste cependant nettement supérieur à ce qu’il était la fois précédente. Incomparable, même. Patrick donne le signal de la remonté. Les ordis affichent 5 ou 6 minutes de palier. On perdra les dernières, et un peu plus encore, dans les herbiers, à observer les brochets guetter des alevins.Plus tard, dans les locaux du club, accoudé au bar pendant qu’Edouard passe les frites au four, Claude me propose la plongée de nuit du mercredi soir. Celle qu’il ne faut pas manquer. Celle où on voit les poissons. Banco ! Et des poissons il y eut (en restant du côté chaud du thermocline, ce qui ne gâte rien et permet des plongées longues ), perches et brochets, mais aussi sandres, anguilles, lottes, carpes et blageons. Et écrevisses . Il y eut encore une autre plongée, le samedi suivant…C’est comme ça, le Lac. On y va une journée d’août. Et on finit par s’y retrouver en décembre ! Chérie, quand est-ce que tu demandes ta mutation pour Aix les bains ?

Amitié.

Jacques Vettier

P.S. : le CPALB étant un vrai club associatif, une plongée vous coûtera 25€ si comme nous vous n’êtes pas membre du club, et moins que ça si vous en êtes membre. Tout ça avec du matériel de qualité adapté aux conditions lac : Bloc 15 L double sortie, détendeurs anti-givre, deux détendeurs par personne, etc. Les encadrants sont eux aussi de qualité, la bonne humeur n’excluant ni la compétence ni l’expérience, bien au contraire.

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