Accueil > L’écosystème lacustre > Quelques éléments scientifiques pour comprendre > Pourquoi la végétation des rives est-elle importante ?

Pourquoi la végétation des rives est-elle importante ?

samedi 9 mars 2019, par administrateur.
Mis à jour le dimanche 10 mars 2019

Pourquoi la végétation des rives est-elle importante ?

Article tiré du "Le tour des grands lacs alpins naturels en 80 questions"

Gérard Blake, Université Savoie-Mont-Blanc, Polytech - André Miquet, CEN Savoie

Il y a quelques décennies, les berges des lacs n’intéressaient les hommes que pour l’implantation d’aménagements, dans l’ignorance du rôle de ces milieux de vie pour l’écosystème lacustre. On détruisait plus que l’on ne protégeait un milieu riche, aujourd’hui reconnu avec ses fonctions essentielles pour le lac.

Quelles sont les caractéristiques de la végétation du littoral des lacs ?

Photo 1 – Le blongios nain : petit héron migrateur, qui vit dans les roselières où il se reproduit et élève ses poussins de mai à septembre (© M. Bouron – CISALB)

La végétation des rives d’un lac s’étage en plusieurs zones :

  • les plus éloignées du bord sont les marais à carex (ou à « laîches »). Ces espèces végétales poussent dans le marais inondé une grande partie de l’année ;
  • à proximité de l’eau, on observe les arbres typiques des ripisylves [1], puis la roselière. Cette zone est peuplée d’espèces végétales d’origine terrestre, mais adaptées à l’immersion quasi-permanente de leurs racines et tiges souterraines : les roseaux (formant des roselières), mêlés aux massettes et aux iris. Cet espace frontière entre le milieu terrestre et aquatique est celui qui a subi le plus fortement les aménagements dans les grands lacs (voir question 6-01 : Les berges des lacs sont-elles toutes aménagées ?) ;
  • au-delà, dans la zone strictement aquatique, sont présentes des espèces qui possèdent des feuilles flottantes (nénuphars) ou immergées (potamots, characées).

Les végétaux des lacs sont essentiels à la vie et à la reproduction de nombreux organismes (poissons, oiseaux, amphibiens, insectes), mais aussi pour la tenue des berges, pour le fonctionnement des milieux et l’autoépuration des eaux : 1 m2 de roselière représente une action équivalente à 10 m2 de berges nues.

L’importance et l’évolution des végétaux des berges lacustres

Depuis un siècle, les surfaces de roselières ont fortement diminué, essentiellement du fait de la régulation du niveau des lacs, induisant une réduction de leur marnage [2]. La perte des niveaux hauts condamne les roselières à l’embroussaillement et la perte des niveaux bas (étiage naturel en fin d’été) fait stagner la matière organique dans une zone restreinte du littoral, d’où un manque d’oxygène et l’épuisement des roseaux. D’autres causes participent à la régression des roselières : les aménagements des berges, les destructions volontaires ou non des roseaux, l’évolution de la qualité des sédiments littoraux. Cet appauvrissement des roselières se traduit par des déplacements d’équilibres écologiques qui contribuent à la diminution de la qualité lacustre, de l’abondance de certains poissons, de la biodiversité aviaire, avec une perte de refuge, une réduction des sites de nidification et une diminution de la ressource alimentaire. La disparition des plantes fragilise également les berges face à l’érosion due à la houle et aux vagues.

Photo 2 – Brochet au sein de la roselière d’Albigny (lac d’Annecy)
(© D. Zanella – SILA)

Cette dégénérescence se produit sur plusieurs années, compte tenu de l’inertie physiologique des roseaux. Mais une fois amorcée, elle est très difficile à enrayer.
Le lac d’Annecy, qui possédait une centaine d’hectares de roselières au début du xxe siècle, n’en a plus qu’une dizaine actuellement (soit une régression équivalente à plus de 13 terrains de football). Pour le lac du Bourget, on a constaté une réduction de 60% des roselières depuis 1950, qui ne représentent plus que 26 ha actuellement.

De même, pour des raisons diverses, les peuplements de plantes immergées ont également évolué au cours des 50 dernières années, mais avec une grande variabilité.

Photo 3 – Roselière restaurée du Bout du lac d’Annecy (© Taillefer Production – Y. Havis)

Vers une meilleure prise en compte du rôle de la végétation du littoral des lacs

L’eutrophisation a fait prendre conscience il y a plus de 40 ans de la fragilité de la végétation immergée, qui en est directement tributaire ; ceci a conduit à des mesures de limitation des pollutions avec des résultats relativement rapides et visibles. Pour la végétation des berges, dont la conservation dépend de facteurs physiques (niveaux d’eau, érosion, houle), le traitement de fond passe par une révision de la gestion et de l’aménagement des lacs, à l’image des programmes de restauration engagés sur les lacs d’Annecy, du Bourget et d’Aiguebelette (voir : Pourquoi un recours au génie écologique dans la restauration des roselières littorales ?, question 6-07 : Des piquets en bois et des récifs pour protéger les roselières ?).

Ce qu’il faut retenir

Le rôle écologique de la végétation littorale a été longtemps négligé. Pourtant, ses fonctions sont nombreuses : espace de biodiversité, amélioration de la qualité de l’eau, tenue des berges… La prise de conscience actuelle conduit les gestionnaires des grands lacs alpins à mettre en œuvre des actions de restauration.

Notes

[1Ripisylve Forêt de zones humides (lacs ou rivières) peuplée d’espèces adaptées, aulnes, saules, peupliers…

[2Marnage Écart entre les hautes eaux (périodes de crue) et les basses eaux (étiage).

Enregistrer au format PDF Enregistrer au format PDF Version imprimable de cet article Version imprimable

Les dates à venir