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Pourquoi un recours au génie écologique dans la restauration des roselières littorales ?

samedi 9 mars 2019, par administrateur.
Mis à jour le lundi 11 mars 2019

Pourquoi un recours au génie écologique dans la restauration des roselières littorales ?

Article tiré du « Le tour des grands lacs alpins naturels en 80 questions »

André Miquet, CEN Savoie - Gérard Blake, Université Savoie-Mont-Blanc, Polytech - Christophe Moiroud, CNR

Les roselières (roseaux, scirpes lacustres, nénuphars…) sont à la base de la structure et du fonctionnement des zones littorales. Depuis plus d’un demi-siècle, elles ont connu sur les grands lacs une régression marquée. Afin de les restaurer, il est généralement nécessaire de passer par des interventions lourdes de génie écologique. Cela pose question dans des milieux aussi sensibles. Pourquoi la nature a-t-elle besoin de notre intervention ?

Des roselières désormais moins résistantes

Photo 1 – Reprofilage de la berge par projection de matériaux limono-argileux issus du site (© GREN)

La régulation des niveaux des lacs a été décidée et calée sur des critères hydrauliques et nautiques, à une époque où les impacts environnementaux étaient peu pris en compte et méconnus (voir : Comment et pourquoi le niveau des lacs est-il régulé ?), avec pour conséquence une restriction de l’espace bénéficiant d’inondations et d’exondations régulières. La restriction de ce marnage naturel a plusieurs effets négatifs agissant en synergie. Sur certains lacs, le rabaissement du niveau estival a exondé des roselières devenues inaccessibles à la faune aquatique et vouées au développement des ligneux. Sur d’autres, la disparition des étiages empêche toute germination et freine la minéralisation de la matière organique stockée dans les sédiments ; la stabilisation des niveaux exacerbe l’érosion des berges. La capacité d’autoépuration des sédiments et de cicatrisation des ceintures végétales est amoindrie : ayant privé les lacs de leurs bordures naturelles, on les a ainsi fragilisés.

Une demande sociétale de prévisibilité et de technicité

Photo 2 – Plantation de jeunes roseaux qui ont poussé pendant un an en arrière du site (© CISALB)

Après des décennies de lacs relativement stables, acteurs et usagers sont de moins en moins enclins à revenir sur cet acquis. Malgré un intérêt croissant pour la biodiversité, il est difficile de remettre en cause la régulation des niveaux et l’on préfère s’en remettre au génie écologique. L’investissement de moyens financiers et techniques lourds pour restaurer les roselières et les berges est parfois préféré ou priorisé par rapport à une rediscussion du calendrier des niveaux, compte tenu de la complexité et de la multiplicité des usages et des acteurs concernés : plages, navigation, ports, riverains… Une marge de négociation se fait toutefois jour, elle est étudiée sur le lac d’Annecy, programmée sur le lac du Bourget, et mise en œuvre sur le lac d’Aiguebelette. Ce choix du génie écologique est également dicté par l’urgence de roselières en situation critique ou d’espèces animales proches du seuil de disparition.

Une houle devenue trop forte en raison de la stabilisation des niveaux

Photo 3 – Les jeunes plantules de scirpes sont produites localement à partir de graines grâce à un partenariat avec le lycée agricole de Poisy-Chavanod et la CNR (© D. Zanella – SILA)

Fractionnées, clairsemées et vieillissantes, les roselières sont vulnérables face à une houle dont les effets sont concentrés sur une ligne de rive figée. Dès lors, tout projet de restauration passe soit par une atténuation de cette houle avec la mise en place de récifs artificiels et de fascines [1] qui devront respecter la nature lacustre des lieux, soit par une adaptation des berges (pente et granulométrie) (voir : Des piquet en bois et des récifs pour protéger les roselières ?). Aussi, les techniques de génie végétal pourront renforcer localement et de manière complémentaire la résistance de la roselière durant les premières années. Ceci donne lieu à des chantiers d’enrochements, de battage de pieux et de transferts de matériaux.

Redonner aux roselières un espace et une dynamique de recolonisation

Photo 4 – Elles sont ensuite transférées en bassin pour poursuivre leur croissance, puis enfin introduites dans le lac (© D. Zanella – SILA)

Le génie écologique est une réponse instantanée, alors qu’on a affaire à une problématique de long terme : celle du rééquilibrage de la ligne et du profil des berges dans le nouveau contexte hydrologique. Pour autant, il faut bien offrir aux roselières de l’eau peu profonde avec un substrat de garnissage. Puis vient le temps du génie végétal : les roselières relictuelles sont rarement en mesure de s’étendre, côté lac, faute de stimulation par un étiage marqué. Des plantations sont donc nécessaires, impliquant savoir-faire et recherche appliquée en matière de culture, mode opératoire, provenance, génétique. La vitalité des roseaux implantés et l’inertie propre aux espèces sont des critères essentiels de reconstitution de l’habitat littoral.

Ce qu’il faut retenir

Le génie écologique permet de contrer à moyen terme la régression des roselières et de ses espèces : dispositifs anti-houle, apports de matériaux, plantations… des chantiers impressionnants mais qui ne doivent pas dispenser gestionnaires et usagers du lac de redonner aux lacs les vertus d’un marnage plus naturel.

Notes

[1Fascines Petits barrages en bois permettant d’atténuer la pression des vagues sur les roselières.

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