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Quels sont les grands enjeux de la gestion des lacs ?

dimanche 21 octobre 2018, par administrateur.
Mis à jour le dimanche 21 octobre 2018

Quels sont les grands enjeux de la gestion des lacs ?

Par Audrey Klein, CIPEL, Alain Martinet, Région Rhône-Alpes, Sébastien Cachera, CISALB SILA

(Article tiré de "Lacs alpins naturels en 80 questions")

Des lacs pour se baigner, pratiquer ses activités nautiques favorites, consommer son eau et ses poissons sans risque pour sa santé, puiser dans son énergie hydraulique ou tout simplement apprécier la beauté de son rivage et pouvoir observer les oiseaux venus s’y reposer. Préserver l’écosystème lacustre face à la pression démographique, climatique et chimique tout en permettant aux différents usages de se maintenir durablement… Les enjeux sont de taille !

Préserver la qualité des milieux aquatiques

La lutte contre le phosphore a été une préoccupation majeure des gestionnaires des lacs durant plusieurs décennies et même si elle continue de l’être, notamment pour le Léman, les enjeux se situent aujourd’hui davantage au niveau des micropolluants compte tenu de leur toxicité pour les milieux aquatiques et la santé humaine.

En parallèle d’actions de lutte à la source de ces polluants, des dispositifs peuvent être mis en place pour éliminer les micropolluants dans les rejets d’eaux usées domestiques.

C’est la stratégie adoptée récemment en Suisse : plusieurs stations d’épuration seront équipées de dispositifs de traitement efficaces permettant de réduire la quantité de micropolluants dans les rejets d’eaux usées domestiques (résidus médicamenteux, cosmétiques). La mise en place d’une telle stratégie de lutte implique des investissements financiers conséquents car les traitements sont coûteux.

Restaurer les rives du lac et les roselières

s milieux riverains lacustres sont fragiles et subissent une pression forte liée à la fréquentation touristique du lac et à l’urbanisation. Il est souvent nécessaire de maîtriser cette fréquentation en la canalisant ou en la reportant sur des zones moins sensibles. Des mesures réglementaires peuvent également être prises pour les protéger : arrêté de protection de biotope, réserve naturelle, etc.

Sur la plupart des lacs, des programmes ambitieux de restauration des roselières lacustres sont mis en œuvre. Enfin, l’entretien de ces milieux peut faire l’objet de plans de gestion comme celui de la renouée du Japon (voir question 2-07 : Les espèces invasives sont-elles dangereuses ?) au lac du Bourget. Introduite en Europe au XIXe siècle, cette plante présente un pouvoir de dispersion incroyable : 1 seul cm de rhizome (tige souterraine) suffit à redonner une plante entière ! Un inventaire conduit sur le littoral du lac du Bourget a permis de comptabiliser en 2010 près de 300 massifs, soit une surface de près de 15000 m².

Photo 1 – Massif de renouée au bord du Léman
(© S. Mercier – CIPEL)

Un plan de lutte a vu le jour l’année suivante, basé sur trois types d’actions :

  • la surveillance annuelle du rivage lacustre et des rivières afin d’éliminer les plantules de l’année issues des fragments de rhizomes arrachés par les crues ;
  • l’éradication de massifs menaçant des secteurs d’intérêt écologique majeur comme les roselières ;
  • la sensibilisation du grand public et la formation aux bons gestes des professionnels des espaces verts.

Garantir l’alimentation en eau potable de la population

Les gestionnaires des lacs veillent au respect des normes d’eau potable actuelles et sont particulièrement attentifs aux nouvelles substances présentes dans l’eau, tels que les résidus de médicaments, pour lesquels il n’existe pas de norme associée aujourd’hui. La surveillance de l’apparition des algues produisant certaines toxines fait aussi partie des préoccupations des gestionnaires car celles-ci peuvent causer des problèmes graves pour la santé humaine (voir question 3-01 : L’eau des lacs : peut-on la boire et s’y baigner ?).

Pratiquer des activités nautiques en respectant les milieux naturels lacustres

Photo 3 – Impact des mouillages sur les herbiers aquatiques du Léman
(© J.-M. Zellweger)

Les lacs alpins sont des lieux appréciés et propices à de nombreuses activités (baignade, pêche, navigation). Si elles ne sont pas pratiquées dans le respect de la nature, elles peuvent perturber la faune et la flore et contribuer à augmenter l’artificialisation des rives, déjà mises à mal par l’urbanisation. La fréquentation parfois importante et la diversité des activités peuvent également engendrer des conflits entre usagers.

Les gestionnaires ont pour mission d’encourager les communes riveraines à développer un tourisme plus respectueux des rives lacustres ce qui passe par : la suppression des amarrages dans les embouchures, la réglementation des activités à proximité des zones sensibles, la maîtrise du développement des infrastructures nautiques (ports, installations privées et plages) et des modes de propulsion doux comme la voile ou la motorisation électrique.

Il convient de noter que depuis 1976, l’utilisation des bateaux à moteur thermique est interdite sur le lac d’Aiguebelette, sauf dérogation pour des missions de sécurité, de surveillance et de travaux. Ce sont autant d’actions qui permettront de garder un cadre de vie agréable et privilégié.

Les mouillages écologiques du lac d’Annecy illustrent une solution exemplaire de conciliation entre les usages (navigation) et le milieu naturel (herbiers aquatiques).

Les mouillages traditionnels d’embarcations peuvent provoquer une dégradation du fond des lacs et de la végétation.

Le SILA et les acteurs du lac d’Annecy ont donc travaillé sur des solutions pour limiter ces impacts en adaptant des dispositifs marins aux configurations lacustres. Un guide technique a ainsi été élaboré et est largement diffusé aux usagers concernés, accompagné par une réalisation pilote : l’installation de mouillages écologiques sur les sites de plongée les plus fréquentés du lac (fg. 1 et 2).

Fig. 1 et 2 – Mouillage « traditionnel » et solution de mouillage « écologique » (source : BRL Ingénierie)

Évaluer les effets du changement climatique sur le lac et les conséquences sur les usages

Les prévisions semblent montrer que le climat sera caractérisé par des conditions hivernales plus douces et plus humides et aussi des conditions estivales plus chaudes et sèches. Les gestionnaires devront évaluer les impacts probables de ces changements sur les milieux naturels et les usages liés à l’eau. Il s’agira d’identifier les usages qui pourraient être les plus touchés (alimentation en eau potable, agriculture, industries, tourisme…) et de sensibiliser les décideurs pour qu’ils intègrent dans leurs réflexions et décisions, les scénarios de changement climatique (voir question 8-01 : Quel avenir pour les lacs dans un demi-siècle ?).

La gestion quantitative

Les niveaux d’eau du Léman, des lacs d’Annecy, du Bourget et d’Aiguebelette sont tous contrôlés, selon des modalités et un historique propre à chacun (voir question 6-05 : Comment et pourquoi le niveau des lacs est-il régulé ?). Dans la mesure où les régulations pratiquées ont des conséquences importantes pour les rives, aussi bien sur les usages et infrastructures que sur les milieux naturels, la gestion quantitative des lacs représente un enjeu important.

Photo 4 – Lac du Bourget (© CISALB)

À l’avenir, les gestionnaires seront confrontés à une nouvelle variable qu’il conviendra d’anticiper : dans un contexte de changement climatique, le régime des précipitations sur les Alpes du Nord devrait connaître des variations par rapport à la situation actuelle, ce qui modifiera vraisemblablement l’alimentation en eau des lacs.

Faire connaître les lacs alpins pour mieux les préserver

L’information et la sensibilisation des différents publics (scolaires, élus, usagers) à la protection des lacs est un enjeu de taille commun aux 4 grands lacs alpins. La population est sensibilisée à l’échelle de chaque territoire avec des solutions suggérées pour que chacun puisse agir à son niveau au quotidien.

Organisée par le SILA en automne, la manifestation du « Lac en partage » au lac d’Annecy permet de sensibiliser les habitants qui viennent à la rencontre des acteurs chargés de la protection et de la valorisation du lac, pour découvrir ce patrimoine naturel exceptionnel. Il est important que la prise de conscience soit suivie de gestes concrets, car de nombreuses substances se retrouvent dans une ressource précieuse : l’eau !

La CIPEL sensibilise les habitants du territoire à la problématique des micropolluants, en proposant des solutions simples pour que chacun puisse agir à son niveau au quotidien. Tel est l’objectif de l’exposition « Eau’dyssée : sur la trace des micropolluants ».

Sensibiliser les jeunes générations à la préservation du lac du Bourget est un objectif majeur du territoire. Le CISALB accueille ce public à la demande ou en classes découvertes avec nuitées. Les ateliers du lac poursuivent cette sensibilisation pendant les vacances. De la maternelle aux universités, la collectivité se mobilise pour faire découvrir son lac et partager ainsi les enjeux écologiques de ce patrimoine aquatique précieux.

Photo 5 – Exposition Eau’dyssée : Sur la trace des micropolluants
(© CIPEL)

Ce qu’il faut retenir

Les lacs sont porteurs d’enjeux variés et essentiels pour nos sociétés.
C’est grâce à la persévérance de l’ensemble des acteurs et usagers de ces territoires que l’on pourra relever les défis du XXIe siècle, à l’instar de ce que nos prédécesseurs ont su faire pour lutter contre le phosphore et sauver les lacs de leur asphyxie.

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